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Un peu d’histoire: le port d’Anvers

C’est le 2e port le plus important d’Europe, juste derrière Rotterdam. Le port d’Anvers a une longue histoire. Il était déjà l’un des plus importants d’Europe au XVIe siècle et la ville était la plus peuplée d’Europe. Au XIXe siècle, le port d’Anvers est le principal port devant Hambourg de départ des émigrés vers l’Amérique. Retour sur une histoire longue entre la ville et son rapport à la mer.

 

Le port d’Anvers au XVIe siècle

Au XVIe siècle, une plaque tournante du commerce européen

Anvers est une ville des Pays Bas espagnols et appartient donc à la famille des Habsbourg, la plus puissante de l’Europe. Elle est aussi à la jonction des routes qui relient l’Europe du Nord et la Méditerranée, qu’elles soient maritimes ou terrestres. L’Escaut la longe, un fleuve qui permet d’accéder à la mer du Nord et par son biais à l’Atlantique, ce qui est favorable pour 2 raisons : la découverte de l’Amérique en 1492 par Christophe Colomb et on essaie d’éviter la Méditerranée pour se rendre en Asie depuis la prise de Constantinople en 1453 par les Ottomans.

Ainsi, le port d’Anvers attire de nombreuses nationalités venant d’Europe pour des raisons différentes :

    • les marchands espagnols étaient les plus nombreux : 300.Anvers faisait partie de l’empire espagnol. On échangeait des produits coloniaux de l’empire espagnol depuis l’Allemagne du Sud comme l’or, l’argent le cacao, le tabac. En effet, depuis le XVIe siècle, l’Espagne avait bâti un empire colonial en Amérique suite aux expéditions de Cortès ou Pizarro qui se sont emparés des empires aztèques et Incas. Anvers devint alors la plaque tournante de la revente de ces produits vers l’Allemagne et supplante Bruges car elle a un port en eau profonde.

    • 200 marchands italiens des différentes parties du pays s’étaient aussi établis dans le port d’Anvers. La cité se situe sur les grandes routes commerciales terrestres entre les Pays Bas et l’Italie. Les ports italiens permettaient des échanges entre l’Europe et l’Orient, d’autant qu’il ne faut pas oublier que de nombreux Italiens étaient établis à Constantinople même après la chute. On échangeait surtout du textile et des épices. On préférait se rendre d’Italie aux Pays Bas par la voie terrestre car les marchands redoutaient les pirates et il n’était pas toujours facile de naviguer entre la mer Méditerranée et la mer du Nord.

    • Au début du XVIe siècle, les Portugais ont établi un empire maritime après les nombreuses expéditions comme celle de Vasco de Gamma en 1498 qui met en contact l’Europe et le monde indo-malais, après avoir réussi à contourner l’Afrique afin d’éviter de passer par la Méditerranée depuis la prise de Constantinople par les Ottomans. Ils établirent des comptoirs sur les côtes de l’Afrique, de l’Arabie, de l’Inde et en Asie du Sud-Est. Ils ramenaient du poivre ou de la cannelle à Lisbonne. Comme le marché portugais était insuffisant, ils étaient obligés d’écouler leurs produits vers les pays d’Europe du Nord et de la Baltique qu’ils revendent dans toute l’Europe. Ils avaient besoin de matériaux comme le cuivre ou le métal, venant d’Allemagne pour les échanger contre d’autres produits avec les rois d’Afrique et pour exploiter son empire colonial. Anvers devient donc la plaque tournante de l’Europe du Nord Ouest. Les Juifs marranes persécutés par les Portugais émigrèrent en partie à Anvers.

    • Les Allemands s’établirent à Anvers pour revendre leurs métaux : cuivre, argent d’Europe centrale. Il n’est donc pas étonnant de voir les Fugger, les grands marchands de l’Europe d’origine allemande s’y trouver.

    • Les Anglais enfin. Les industries d’Anvers s’occupaient de la finition des draps anglais avant d’être redistribués aux Allemands qui les revendent dans toute l’Europe centrale.Mais le port d’Anvers verra son activité interrompue. En 1566, une vague iconoclaste protestante a lieu dans les Pays Bas espagnols, dont Anvers. Les Espagnols la reprennent et répriment le mouvement: c’est la « furie espagnole ». Le port d’Anvers est alors en déclin. Puis le traité de Münster de 1648 entérine la fermeture de la navigation sur l’Escaut. Le port d’Anvers se meurt mais au XIXe siècle, l’émigration et pas seulement annonce sa renaissance.

Au XIXe siècle, le port d’Anvers est le premier port d’émigration d’Europe

Quand on parle du phénomène migratoire européen au XIXe siècle, en particulier vers l’Amérique, on évoque souvent le point d’arrivée : Ellis Island. Pourtant, le point de départ, a une histoire toute aussi fascinante. Et je vous conseille la visite du musée Red Star Line, là d’où les migrants partaient. C’est un musée fabuleux, moderne et interactif pour petits et grands.

On apprend donc que de nombreux Européens venaient de très loin pour partir d’Anvers. Aurtant des Allemands pauvres que des Juifs polonais fuyant les pogroms de l’empire russe. C’est ce que raconte le musée. Certes, beaucoup arrivaient effectivement à Ellis Island mais certains descendaient au Canada et à Philadelphie car c’était moins cher. En réalité, le prix de la traversée était plutôt bon marché, ce qui explique qu’il y ait eu tant de migrants. Au retour, pour faire un bon chiffre d’affaires, les bateaux chargeaient des marchandises vers l’Europe après avoir déchargé les hommes.

Pourquoi le port d’Anvers était-il si prisé ? Tout d’abord parce qu’il y avait déjà une activité portuaire mais aussi parce que les différentes lignes de chemin de fer en provenance des grandes villes d’Europe convergaient vers Anvers. Il faut donc imaginer une ville qui grouillait déjà de restaurants et d’hôtels pour nourrir et loger les futurs partants.

Ce qu’il y a peut-être de plus impressionnant dans le musée, c’est la salle des douches et la salle des contrôles. On sait combien les émigrés arrivant à Ellis Island avaient peur de se faire refouler. Mais les compagnies, à l’instar de la Red Star, line aussi. En effet, si vous êtiez refusé, alors votre retour se faisait à la charge de la compagnie.

Pour éviter cela, les autorités du port d’Anvers avait mis tout un système en place au port de départ et les contrôles furent plus durs qu’à l’arrivée aux Etats-Unis. On avait très peur des épidémies. D’ailleurs, dès qu’il y en avait une en Europe, on mettait en quarantaine les habitants de cette région. Lorsque les migrants arrivaient, on séparait hommes et femmes à qui on faisait prendre une douche. C’était l’occasion pour beaucoup d’entre eux de découvrir ce qu’était le fait de se laver à l’eau chaude. On désinfectait aussi les vêtements.

Un événement a renforcé les contrôles dans le port d’Anvers : une épidémie mortelle de typhus qui éclata à New York en 1892. On accusa les émigrés en provenance de Russie et il fallut donc être plus vigilant. D’ailleurs, on se méfiait beaucoup des émigrants en provenance d’Europe de l’Est. Anvers elle-même ne fut pas épargnée par les épidémies puisqu’en 1892, le choléra la frappe durement. D’autres maladies contagieuses étaient traquées comme le trachome, une maladie de l’oeil qui pouvait vous rendre aveugle. On va même jusqu’à faire enlever le pantalon aux hommes pour savoir s’ils ne contractent pas des maladies véneriennes. En 1926, la principale inspection ne se fait d’ailleurs plus aux Etats-Unis mais au départ. Sans oublier les contrôles administratifs lourds.

Pour ceux qui passent, la traversée est longue : 6 semaines en 1850, une dizaine de jours à la fin du XIXe siècle. En troisième classe bien évidemment. Bien que pas le voyage confortable par excellence, on faisait en sorte que les passagers ne tombent pas malades et mangent à leur faim. Je vous rappelle qu’on n’a pas envie qu’ils fassent un voyage retour. A New York, une nouvelle vie les attendent.

L’histoire du port d’Anvers montre à quel point la ville a toujours été au cœur de la mondialisation. D’abord une mondialisation économique où les échanges de denrées en provenance d’Amérique et d’autres parties d’Europe explosaient. Une fonction que la ville n’a pas perdu aujourd’hui, à en voir les porte-conteneurs qui traversent l’Escaut. Mais ce fut aussi un grand lieu des mobilités mondiales, participant au changement des sociétés du monde à travers les migrations. C’est pourquoi je vous conseille vivement la visite émouvante du musée de la Red Star Line.

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