Tout beau tout nouveau

Tout beau, tout nouveau: l’Elbphilarmonie, enfin!

10 ans de travaux, c’est le temps qui fut nécessaire pour que l’Elbphilarmonie devienne enfin le nouveau symbole d’Hambourg. A la pointe ouest du nouveau quartier durable Hafen City, je peux vous affirmer que c’est une réussite. Mais comment expliquer qu’il y ait eu autant de retard ? Et qu’est-ce qui rend l’Elbphilarmonie si unique comme salle de concert dans le monde ?

Pourquoi la municipalité souhaitait-elle ce projet ?

L’entrepôt Kaispelcer A créé au début des années 1960 était à l’abandon depuis longtemps. Il a perdu de son importance après la révolution du conteneur. Il se dégradait depuis les années 1990.

2001: la municipalité souhaitait changer les choses et voulati dynamiser la Hafen City en en faisant un espace de bureau mais à l’époque le marché d’immobilier d’entreprise en berne. C’est l’architecte Alexander Gérard qui proposa l’idée d’en faire un lieu à vocation public à l’endroit le plus en vue de la Hafen City. Il prit rendez vous avec Jacques Herzog, célèbre compagnie suisse et lui demanda une étude. Au départ, la salle de concert devait être intégrée à l’ancien bâtiment. Mais il fallait voir de l’extérieur que le Kaispelcer avait une autre utilité. Le nouvel édifice devait se dresser au dessus de l’ancien. Très vite naquit l’idée d’une tour en verre en forme de vague posée sur un socle solide. Ce sont les débuts de l’Elbphilarmonie.

Ce projet souleva l’enthousiasme des habitants. Le Parlement de Hambourg vote le projet. La municipalité s’engagea dès lors beaucoup et engagea même une entreprise allemande de BTP.

De plus, la ville n’est pas seule célèbre pour son activité portuaire mais aussi pour la musique grâce au compositeur Brahms. Le monument serait un hommage à cette histoire d’autant que sa programmation sera d’envergure internationale. Ce qui est inédit, c’est bien sûr le fait qu’elle repose sur un édifice déjà existant.

Le projet en lui-même

C’est 110 mètres de haut sur un ancien entrepôt de briques qui toise le port.

L’acoustique est confiée Yahukisa Toyota qui s’est déjà occupé de la philarmonie de Paris.

La première pierre est posée en avril 2007 pour un projet qui doit s’achever en 2010 : 241 millions d’euros de budget dont la moitié doit être financée par des dons, des appartements de luxe et le projet d’un hôtel 5 étoiles. Ole Von Beust, maire de 2001 à 2010 est alors très confiant. C’est à Bâle à l’agence Herzog et Meuron qu’on dessine les plans de l’édifice, les 2 architectes étant spécialisés dans les grands projets comme stades (celui de Pékin) ou de musée (l’extension de la Tate Modern à Londres). L’Elbphilarmonie est leur première salle de concert.

Le site doit ressembler à ça :

    • la salle principale au cœur avec en son centre la scène. De forme ronde, elle représente un défi architectural et acoustique .

    • la salle de récital plus petite qui accueillera la musique de chambre

    • Le tube : un escalator tunnel qui relie l’ancien entrepôt à la Plaza

    • un hôtel et des appartements de luxe situés plus en haut.

La question de la programmation est très importante car les artistes doivent être engagés 3 ans à l’avance dans certains cas. On a engagé un viennois comme directeur général pour le coup. Rien n’est laissé au hasard et pourtant, les drames vont s’enchaîner.

Début des travaux en 2007: premiers désenchantements

Au début des travaux, il y a 3 objectifs :

    • une charpente qui soutient l’édifice

    • on évide totalement l’ancien entrepôt

    • la façade fragile qu’il faut veiller à ne pas endommager.

      Or le sous-sol est spongieux et chaque fissure est un problème de temps et d’argent. Un vrai savoir faire est nécessaire.

Il est dès lors nécessaire de consolider le sol. Très vite, on annonce un délai et des coûts de construction supplémentaires. Les travaux sont plus compliqués et plus chers que prévu d’autant que la ville a de nouvelles exigences. L’Elbphilarmonie connaît ses premiers problèmes. Il y en aura bien d’autres.

En 2009, on annonce des retards (ouverture en 2012) mais surtout ce qui est un choc pour les habitants : elle coûtera 209 millions d’euros de plus.

2010 : L’ouverture de la Plaza mais pas la fin des ennuis

En 2010, la Plaza de l’Elbphilarmonie est accessible au plus grand nombre. On y célèbre la traditionnelle fête du bouquet. C’est la première fois que le public y a accès. Mais les critiques sont vives à cause de la crise économique et du coût financier du projet, d’autant que la date d’ouverture est floue.

La mairie porte plainte à cause d’un calendrier non respecté. Hochtief, agence de BTP accuse le cabinet d’architectes de ne pas avoir livré les plans à temps mais les deux se renvoient la balle en brandissant une liste de défauts de construction. En principe, le constructeur contrôle le cabinet d’architecte pour le compte de celui qui a commandé, ici la ville d’Hambourg or la ville a fait des contrats séparés avec Herzog & de Meuron et Ochtief. Leurs conflits ne se règlent pas directement mais par l’intermédiaire de la ville et il n’y a pas de calendrier commun. Le chantier a démarré avant la fin des plans. Mais les travaux se poursuivent et les critiques commencent à affluer parmi ceux qui ont soutenu le projet.

Des coûts très importants

Des coûts suppémentaires à cause d’un projet pharaonique. Pour cause :

    • une façade de 1000 fenêtres qui coûtent 50 000 euros chacune = 50 millions d’euros. Leur conception est unique en leur genre et on les teste avant l’installation. Ces tests ont lieu en Bavière car on doit vérifier les conditions météorologiques de la ville en les amplifiant largement avec des vents de 300 km/h alors que les vents d’Hambourg soufflent à120 km/h maxi. 30 litres d’eau leur sont projetées dessus comme pour une forte tempête. Le test d’étanchéité est un succès. On a aussi jeté des poids de 50 kilos sur la vitre depuis différentes hauteurs. La résistance est parfaite. C’est un travail considérable technique et technologique important qui implique 5 entreprises pour la production. Le vitrage se compose de 4 couches laminées :

      * sans couche de protection solaire : trop chaude derrière la façade

      * décors de pixel tous différents pour des fenêtres uniques

      * surface extérieure de la vitre chromée qui permet de faire apparaître le bâtiment sur le radar des bateaux approchant du port

      * assemblées avec des techniques du double et quadruple vitrage. 7 étapes en tout. C’est à Padoue en Italie qu’elles obtiennent leur caractère de vague. Les vitres sont chauffées et ramolies dans un moule de bombage conçu spécialement à cet effet. C’est la seule entreprise du monde qui sait bomber les vitres.

    • l’entretien du bâtiment à cause soleil et vent.

Des difficultés techniques

* aucun bruit parasite ne doit déranger les concerts comme les sirènes des bateaux. Les habitants des appartements et les personnes venant à l’hôtel ne doivent pas être importunées par la musique. La solution est de faire flotter la salle . On décide la création de 2 enveloppes : l’une extérieure, l’autre intérieure qui repose sur des ressorts en acier ce qui permettra d’insonoriser la salle. Ainsi, on positionne plus de 300 blocs ressorts avec précision pour conserver une bonne acoustique.

* les poutres qui doivent supporter un poids de 8000 tonnes passent au dessus de l’auditorium sans appui , ce qui cause un risque effondrement.

2011 – 2012 : Le drama continue

Le projet initial devait, je le rappelle se terminer en 2010. Puis, on a repoussé en 2012. On comprend vite que les 2 ans de retard allaient se prolonger dès 2011.Cette année là, on arrête les travaux pendant un an. Hochtief le décide car la construction de la toiture menace de s’effondrer . C’est un véritable danger pour les ouvriers. Comme la toiture n’est pas étanche, l’eau s’infiltre et l’édifice se délabre. Les dommages s’élèvent à plusieurs millions.

En décembre 2012 , la ville hésite à virer Hochtief et à employer des ingénieurs en son nom propre. Le nouveau maire Olaf Scholz pose un ultimatum au constructeur qui accepte de prendre tout en charge pour 200 millions d’euros supplémentaires. La ville accepte. Entre 2005 et 2013, on a multiplié le budget par 10, atteignant 789 millions d’euros. L’Elbphilarmonie en avait encore pour 5 ans.

Vers la fin des travaux et l’ouverture en 2017

Après avoir réussi à trouver un terrain d’entente, on termine les derniers travaux :

    • la peau blanche au dessus de la salle de concert se constitue de 10 00 panneaux de gypse tous différents, rappelant les vagues de l’édifice. Chaque joint doit être étanchéifié avec du silicone (15 kilomètres de longueur) pour ne pas laisser échapper le son.

    • à Rimini en Italie, c’est l’un des rares endroits où on trouve des essais entre acoustique et matériaux pour les sièges. Il faut que le son soit le même entre les sièges vides lors des répétitions et lorsque la salle est remplie puisque le public est le principal absorbeur de son dans l’auditorium. Le rembourrage des sièges a aussi été un débat.

    • La question des luminaires qui doivent apporter lumière vive et chaude. Les plafonniers en verre ont été fabriqués en République tchèque dans une soufflerie artisanale. Chacun des globes doit s’intégrer au millimètre près aux douilles.

Une réussite finalement ?

Finalement, le 11 janvier 2017, a lieu l’ouverture de l’Elbphilarmonie avec un concert inaugural. Aucun son ne s’échappe à l’extérieur. L’isolation phonique est parfaite. Elle est devenue les salles de concert les plus reconnues du monde et rivalisent avec l’opéra de Sydney.

Quant au bâtiment, moi qui le voyais encore en travaux en 2015, je trouve que c’est une franche réussite. Les cartes postales la brandissent déjà comme étendard. Ce n’est pas extrêmement haut même si ça fait 110 mètres. On ne le voit pas de toutes les parties de la ville. Même de Speicherstadt, juste à côté, les entrepôts la cachent. Mais les différents points de vue permettent d’apprécier ce bijou de verre. En plus, vous pourrez aller sur la Plaza gratuitement. Rien que la montée par l’escalator impressionne. De là, vous pourrez voir à l’horizon le port mais aussi le quartier d’Hafen City et les chantiers en construction. La prochaine fois, j’espère pouvoir tester la salle de concert. Et redécouvrir Hambourg car manifestement, la métamorphose n’est pas achevée.

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