Tout beau tout nouveau

Tout beau, tout nouveau: le musée de la romanité de Nîmes

Nîmes ne serait pas Nîmes sans ses arènes ou sa maison carrée. Dans les environs de la ville, le Pont du Gard est un des vestiges de l’aqueduc romain qui distribuait l’eau vers la cité. Et pourtant, aucun musée d’envergure sur l’histoire romaine de la ville n’existait. Cet outrage est réparé depuis le mois de juin 2018. Un bâtiment ultramoderne signé Elisabeth de Portzamparc qui surgit en face de l’amphithéâtre. D’ailleurs, Narbonne a eu la même idée et devrait voir sortir de terre en 2020 Narbo Via. Aux avants-postes, je vous livre mes impressions sur celui qu’on appelle le musée de la Romanité.

Autour du musée

Où est-il ?

Vous ne pourrez pas le louper. Il est en face des arènes de Nîmes. C’est tout bonnement incroyable car habituellement, les nouveaux musées se construisent en périphérie, la place au centre-ville manquant. Le musée de la Romanité ne pouvait se situer plus au cœur, ce qui est une chance énorme.

DES BORNES CHRONOLOGIQUES QUI PEUVENT SURPRENDRE

Nîmes est indissociable de son passé romain. Pourtant, le musée ne débute pas son propos à l’ère romaine mais à l’époque gauloise au VIe siècle après J.C. Bien évidemment, la période romaine couvre la majeure partie des salles mais l’histoire médiévale a aussi sa place. On termine avec une section « le legs de l’Antiquité » pour mettre en place un travail de mémoire.

Une architecture moderne

Une façade ondulante qui ne tourne pas le dos à l’art romain. Les petits carrés qui y sont posés s’imbriquent comme les tesselles des mosaïques romaines. Les ondulations sont un hommage aux plis des vêtements antiques que la sculpture romaine a immortalisé. Le pari était risqué de construire un bâtiment du XXIe siècle en face d’un des monuments les plus vieux de l’Hexagone. L’architecte a joué sur les contrastes : une architecture légère en face d’arènes massives ; la transparence alors que les spectacles des arènes restent invisibles si on n’y entre pas. Quant à l’intérieur, il fait la part belle aux nouvelles technologies. 

L’exposition

La fondation de nîmes

 On a retrouvé les premières traces de vie sur l’une des 7 collines au VIe siècle avant J.C : le mont Cavalier, berceau de la source. C’est le premier village à prendre de l’ampleur, surtout à partir du IIIe siècle avant J.C. La source est fondamentale dans la création de la ville car il faut un point d’eau. La colline fut aussi un atout car cela permettait de créer un oppidum, c’est-à-dire un village en hauteur qui permettait de se défendre plus facilement. La source a donné son nom à Nîmes d’une déesse gauloise que les Romains appelaient Nemausus.

La première section : l’Époque pré-romaine

L’habitat des Gaulois

On est accueilli par une grande maison gauloise reconstituée dans ses dimensions réelles. C’est un décor et non de l’archéologie expérimentale car les matériaux sont avant tout en résine. Seul le toit est plus authentique. Elle représente une maison des années 400 avant notre ère, intégralement en pierre avec deux pièces. Dans la plus grande, il y a de la vaisselle, de nombreuses jarres et céramiques qui servaient à conserver les aliments. 

La statuaire gauloise

On trouve également une statuaire pré romaine très rare car les Gaulois ont très peu représenté les hommes. Parmi eux, il y a les deux bustes de Sainte Anastasie. Ce sont des œuvres jumelles retrouvées dans des fosses, l’une enfouie face contre terre et l’autre face vers le ciel. Les socs de charrue les ont un peu endommagées. En les plaçant dos à dos, on obtient une vision complète des statues. On suppose que c’est la représentation d’un guerrier, personnage très important en Gaule. Plusieurs détails convergent vers cette interprétation: couvre-chef très volumineux qui ne devait pas être utilisé au combat mais faire figure de casque d’apparat ; un élément incisé qui devait abriter un torque, le collier gaulois ; sur la face avant du buste, il y a de nombreuses incisions où il pouvait y avoir un bouclier ; la représentation d’un cheval qui est un des attributs du guerrier gaulois. Enfin, on décèle des traces de polychromie conservées de manière assez exceptionnelle.

L’écriture gallo-grec

Des blocs de pierre présentent des écritures gallo-grec. C’est la langue celtique qui est normalement une langue orale. Pourtant dans la région, les populations locales ont des contacts avec les Grecs qui ont fondé des colonie que ce soitt à Massalia (actuelle Marseille) et sur d’autres comptoirs de la Méditerranée. Dès lors, des texte importants comme des épitaphes ou des textes religieux ont été écrits en gaulois à l’aide de l’alphabet grec. On a retrouvé cette inscription sur l’emplacement de la fondation de Nîmes. On y lit : « Aux mères déesses de Nîmes ». On y retrouve la racine de la ville romaine avec le mot Namos.

La section romaine

Et Nîmes devint romaine

La romanisation s’est faite de manière progressive à Nîmes. Si elle faisait du commerce avec les Grecs, la région en fit aussi par la suite avec les Romains. Conquise dès la fin du IIe siècle avant J.C, la Gaule transalpine appelée ensuite Narbonnaise est la première province romaine de Gaule. La ville de Nîmes va devenir colonie de droit latin, c’est-à-dire que seuls les magistrats avaient la citoyenneté romaine. Mais c’est véritablement sous Auguste que la cité de Nemausus se pare des beaux monuments qu’on lui connaît aujourd’hui, le premier empereur lui en ayant fait cadeau.

Les maquettes du musée : un urbanisme calqué sur l’Urbs

La section suivante se consacre à l’urbanisme. On hisse des remparts tout autour de la ville mais c’est de l’apparat, ils n’ont pas de caractère défensif. Des équipements se multiplient : le forum, les thermes … Sur les maquettes, les projections permettent de voir l’évolution de l’urbanisme de la ville jusqu’au Haut Empire, c’est-à-dire au IIe siècle après J.C.

Le fronton du sanctuaire : le symbole du musée

Le sanctuaire de la fontaine est un temple gaulois qui devient sous l’Empire, le temple du culte impérial. En effet, les peuples conquis pouvaient garder leur dieu mais avaient obligation de rendre le culte à l’empereur qui imposait ainsi une présence symbolique. C’est le premier édifice romain que nous connaissons, fondé en 25 avant J.C, soit deux ans après qu’Auguste se déclare empereur. Le fronton de ce sanctuaire est la pièce maîtresse du musée de la Romanité. Le visiteur tourne autour lors de ses déambulations. C’est un véritable symbole de la romanité.

A Nîmes, il n’y avait pas que les arènes et la Maison Carrée

Des fragments d’architecture qui proviennent d’édifices publics du Haut empire romain se superposent dans une salle qui devient un véritable cours d’archéologie. Certains édifices n’ont pas survécu contrairement aux arènes ou à la maison Carrée. Malgré tout, ils ont été conservés soit parce qu’ils ont été réemployés dans des constructions postérieures à l’Antiquité, soit parce qu’ils ont été collectionnés par des érudits. Des frises doriques retrouvées sont aussi exceptionnelles que celles de Rome. On y voit des têtes de taureaux enrubannées appelées bucranes qui symbolisent le sacrifice dans la religion romaine. C’est l’ordre corinthien plus que dorique qui domine à Nemausus comme de nombreuses cités en Narbonnaise. Sur un chapiteau composite, on retrouve une inscription à Isis et il est fort probable qu’il y avait un temple égyptien à Nîmes, les cultes orientaux s’étant largement diffusés dans l’empire.

La mosaïque de Penthée : mon coup de cœur

Lors de travaux pour un parking sur la rue Jean Jaurés, l’INRAP est intervenue. C’est ainsi qu’en 2006, on a mis au jour la mosaïque de Penthée. Penthée est le roi de Thèbes, célèbre dans la mythologie pour avoir offensé Dionysos dont la vengeance fut terrible. C’est sa propre mère Agavé, rendue folle par Dionysos, qui l’a tué. Euripide y a fait référence dans sa pièce Les Bacchantes. Cela signifie que le propriétaire appartenait à une élite sociale et culturelle. Par cette mosaïque, on veut aussi honorer le théâtre dont Dionysos est le dieu. D’autres personnages sont représentés : des bacchantes qui sont les suivantes et dévotes de Dionysos mais aussi des masques de théâtre tragiques et comiques comme Pan. C’est une composition très élaborée et symétrique. Son état de conservation est exceptionnel et le muse lui laisse une place de choix.

Quand l’épigraphie n’est plus barbante

Beaucoup moins impressionnantes pour le visiteur, les inscriptions latines prennent ici tout leur intérêt. C’est de l’épigraphie, un texte gravé dans un matériau dur, comme la pierre ou le bronze. Cela prouve qu’on voulait que ces textes durent dans le temps. On a des épitaphes funéraires, des inscriptions religieuses, honoraires … On a voulu les mettre en avant car le musée archéologique de Nîmes possède une des collections les plus importantes d’inscriptions latines d’Europe. Une cinquantaine sont exposées sur les 1 000 conservées. 4 inscriptions ont été traitées de manière particulière avec des éléments audiovisuels. On projette la lumière sur les lettres avec proposition de traduction. On a ajouté un dessin animé muet qui raconte une petite histoire afin de rendre ce musée plus attractif. 

Le médaillon de Cavillargues : on n’oublie pas les gladiateurs

Un médaillon est collé sur un vase avant cuisson. Il faisait donc partie de la panse d’un vase. L’un des chefs d’oeuvre du musée est le médaillon de Cavillargues. D’autant plus qu’en face se dressent les arènes de Nîmes. Est figurée sur celui-ci une scène de gladiature. Il présente tous les protagonistes du combat de gladiateurs alors que généralement, on ne représente que les combattants. On voit un arbitre interrompre un combat. Ces arbitres devaient vérifier qu’il n’y ait pas eu arrangement entre les gladiateurs pour truquer le combat, sachant qu’il ne finit pas forcément par la mort. Entraîner un gladiateur demande beaucoup de temps, d’énergie et d’argent. Le but d’un propriétaire n’est donc pas que son gladiateur meurt au combat. Ici s’affrontent un rétiaire et un sécutor, paire assez classique. Une inscription signifie : « Renvoyé debout », c’est-à-dire qu’ils sont ex æquo car ils ont bien combattus et donc il n’y a pas de mise à mort. On aperçoit également des portes pancartes, la publicité de l’époque, chargées de faire la promotion des gladiateurs qui combattaient. L’amphithéâtre accueillait des combats de gladiateurs l’après-midi mais aussi des chasses le matin avec un programme assez classique. On a retrouvé des stèles funéraires de gladiateurs avec une nécropole. Mais on n’a pas de preuve qu’il y ait eu une école.

Le LeGS De l’antiquité

Ce sont des collections essentiellement constituées au XIXe siècle. L’une des figures locales est celle de Jean François Séguier au XVIIIe siècle, excellent épigraphiste qui a déchiffré l’inscription de la maison Carrée. Il recevait toute l’intelligentsia européenne qui venait voir les monuments antiques de Nîmes.

Les maquettes de liège émeuvent : le Colisée (presque 2 mètres de diamètre) qui avait servi d’exemple à l’amphithéâtre de Nîmes qui a lui aussi une maquette. On remarque assez vite que le grand frère est plus impressionnant, l’échelle étant la même. Cela permet aussi de voir dans quel état étaient les arènes au XIXe siècle, avant les restaurations successives du XXe siècle.

Le jardin archéologique

Jardin public, c’est aussi une rue intérieure dans laquelle le public peut s’engager depuis le parvis des arènes. Ce jardin archéologique abrite des vestiges des anciens remparts augustéens. J’avoue ne pas lui avoir trouvé beaucoup de charme et contrairement au but du projet, les Nîmois ne semblent pas encore se l’être appropriés.

Informations pratiques sur le musée de la Romanité:

Horaires, prix des billets: Pour tout savoir, rendez vous sur le site du musée.

Manger au musée: L’ouverture du musée s’est accompagnée de celle d’une brasserie: la Table du 2. Aux manettes, 2 chefs 2 étoiles qui composent la carte.

MON AVIS SUR LE MUSÉE DE LA ROMANITÉ

Avec son musée de la Romanité, Nîmes redonne de la vigueur aux musées français tout comme l’a fait récemment Bordeaux avec sa cité du vin. Ludique, il reste néanmoins sérieux et offre un nouvel éclairage sur le passé gallo-romain. Désormais, il devra figurer sur votre programme au même titre que les arènes.

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=> Nîmes et ses environs

Pour cet article, je me suis aussi beaucoup inspiré de l’émission diffusée sur France Culture: La Fabrique de l’Histoire, Balade au musée de la Romanité

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