France

Protestants du Languedoc: un hommage au musée du Désert

L’histoire de France semble avoir oublié ses protestants. Au XVIe siècle, le protestantisme français a été vaincu après six guerres de religion. Au XVIIe siècle, on les réprime pour briser définitivement le courant. Mais aujourd’hui encore, les Cévennes sont protestantes et résistent. Le musée du Désert rend hommage aux protestants du Languedoc et aux camisards. Un lieu à découvrir absolument en dehors des sentiers battus.

DE LA RELIGION Tolérée à la religion interdite

Les fameux huguenots

C’est le sobriquet donné par les catholiques à certains calvinistes au XVIe siècle. A la fois dérision et haine. Cela pourrait venir d’un mot allemand, Eidgenossen. Ainsi nommait-on les cantons suisses ligués contre la monarchie catholique.

Le croissant protestant : les difficultés d’une localisation

Il existe un croissant chiite aujourd’hui allant de Téhéran à Damas. Celui dont je vous parle allait de Genève au Poitou avec le Languedoc planté au beau milieu. Et les historiens ont bien du mal à expliquer pourquoi. Des villes et des campagnes sont passées au protestantisme tandis que d’autres à une centaine de mètres sont restées hermétiques à ce message et sont demeurées catholiques. Bien que faisant partie du même parc naturel, les Causses et les Cévennes sont séparées par la culture religieuse, la première étant catholique et l’autre protestante. Et ceci encore aujourd’hui. Certains avancent tout de même que le culte protestant étant un culte domestique, il pouvait plaire à des ruraux isolés loin des églises. Mais les Causses l’étaient tout autant.

En remontant un peu le temps, la géographie était déjà tranchée au Moyen Age. Les mouvements cathares et vaudois avaient déjà causé des soucis à l’Eglise.

L’édit de Nantes de 1598 : un texte de tolérance?

Si Henri IV pour monter sur le trône devient catholique, en revanche, le Languedoc demeure protestant. Avec cet édit, c’est le seul pays d’Europe à ce moment là où il y a deux religions reconnues. Certes, on pourrait dire que c’est le même cas dans le Saint Empire romain germanique mais la situation est bien différente dans ce territoire morcelé de duché, de principautés … D’ailleurs, le principe cujus regio, ejus religio (tel royaume, telle religion) signifie que le prince a le droit de choisir la religion de son territoire et le peuple devra le suivre dans cette direction.

Par conséquent, il a fallu créer une sorte de vivre ensemble. Pourtant, l’espace public est dominé par les catholiques. Et d’ailleurs, dans le Languedoc , alors que le catholicisme s’étouffait, il va se revivifier à ce moment là. On assiste à la catholicisation du temps, des activités. Les règles de l’Eglise s’imposent. Plutôt que de pluralisme religieux, parlons de minorité privilégiée, c’est-à-dire tolérée mais enfermée dans une protection juridique.

L’édit de Nantes maintenait la religion catholique comme la religion officielle du royaume. Il accordait la liberté de conscience mais la liberté de culte était limitée à certains lieux. Pendant huit ans, les réformées bénéficièrent toutefois de places de sûreté, le temps que la paix fasse ses preuves.

Une convivence à l’espagnole ?

Violence des armes, violence des idées animent la région. Pourtant, en ce qui concerne la vie quotidienne, il y a de vraies expériences de vivre-ensemble qui sont au dessus du débat théologique.

Un culte domestique

Dans les collections du musée du Désert, on peut admirer des Bibles de toute taille. Elles peuvent être grandes et illustrées ou alors très petites et cachées dans le chignon. Il y a une pratique quotidienne de la Bible chez les protestants contrairement aux catholiques où c’est le clergé qui la lit à la messe. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le culte a survécu pendant la révocation de l’édit de Nantes. La destruction des lieux de culte n’avait que peu d’impact car celui-ci se pratiquait surtout dans la sphère familiale. Il est d’ailleurs fort possible qu’ils lisaient plus l’Ancien que le Nouveau Testament car la fuite des Hébreux leur rappelait leur propre sort. Toute une série de prénoms juifs étaient d’ailleurs donnés aux enfants comme Abraham.

La Bible a été traduite en 1535 en français et non pas en langue d’oc. C’est pourquoi les Languedociens ont été bilingues dès le XVIe siècle, le français étant la langue sacrée et l’occitan la langue vernaculaire. Cela permettait aux laïcs de discuter théologie, sermon et morale avec le pasteur qu’ils élisaient.

Un édit de Nantes grignoté puis abrogé

A partir des années 1660, il est détricoté. On rase systématiquement les temples des protestants du Languedoc et ce bien avant la révocation par Louis XIV. Les prétextes pleuvaient pour justifier ces démolitions. Par exemple, cela pouvait gêner le culte catholique de s’exercer. Le temple devait être assez éloigné des églises pour que le chant des psaumes ne gênent pas la messe. Les juges allaient jusqu’à faire rassembler les foules catholiques dans un temple, les faire hurler pour prouver la gêne qu’on voulait dénoncer.

Des abjurations massives

Elles sont tellement nombreuses dans les Cévennes qu’à un moment, il n’est même plus utile d’envoyer les célèbres dragonnades. La seule rumeur de leur arrivée faisait tomber des temples prestigieux comme ceux de Montpellier et de Nîmes. En quelques heures, jours, semaines, le protestantisme s’effondre. Cela précipite Louis XIV dans sa décision de révoquer l’édit car le pluralisme ne semble plus être. 

Les effets de la révocation

On autorisa les pasteurs voire on les poussa à s’enfuir. Les autres devaient rester dans le royaume. Il y a une minorité pleine de désespoir, à l’abandon qui cherche refuge dans des prodiges alors que le protestantisme répugnait ce genre de signes si chers aux catholiques. Mais 200 000 personnes émigrèrent malgré les interdictions et le contrôle des frontières des Pays-Bas, de Suisse, d’Allemagne et d’Angleterre. Des hommes ont risqué la galère et des femmes la prison pour pouvoir célébrer leur culte. Comme aujourd’hui avec les migrants, il existait des passeurs et ils étaient menacés par la peine de mort. D’autres choisirent de se réunir clandestinement dans ces assemblées dites du Désert.

La guerre des camisards ( 1702 – 1710 )

Une nouvelle génération de protestants du Languedoc

La révocation de l’édit de Nantes date de 1685. Quand éclate la guerre des Camisards, une nouvelle génération de protestants atteint la vingtaine d’années. Bien qu’officiellement catholiques, leurs parents leur ont appris les psaumes protestants interdits à la maison en même temps qu’ils allaient à la messe. C’est aussi la génération qui a connu les dragonnades. C’est un souvenir douloureux pour un enfant de voir un soldat occuper sa maison. Cette génération là retrouve son identité une fois adultes.

Les camisards

En juillet 1702, une troupe d’insurgés protestants assassina l’abbé du Chayla. Cela marqua le début de la guerre des Camisards entre les protestants du Languedoc et l’armée royale. C’est d’ailleurs l’été qui leur a donné leur nom. Ils s’appelaient les camisards car comme il faisait chaud, ils portaient des chemises. Ce qui n’était pas le cas toute l’année bien sûr. La fin se situe entre 1705 et 1710.

Qui sont les camisards ?

Les camisards rassemblent très peu de protestants du Languedoc. Ils n’auront été qu’un millier d’hommes tout au plus formant les troupes régulières. Mais entre 7500 et 10 000 hommes ont participé à un combat au moins, soit un quart environ des protestants de plus de 18 ans.

Plus de la moitié d’entre eux sont jeunes et ont moins de 25 ans. Autre caractéristique, ce sont des ruraux, habitants de petits hameaux ou bourgs. En ce qui concerne leur profession, deux tiers sont des tisserands (les idées circulaient souvent lors des foires) et les autres travaillaient la terre. Ce n’était pas les paysans les plus pauvres.

On a recensé une soixantaine de femmes dans les archives mais elles étaient sûrement plus nombreuses. Leur rôle n’était pas négligeable. Certaines suivaient les troupes, maniaient le sabre ou jetaient des pierres.

Les Florentins et les Cadets de la Croix, ces locaux qui luttaient contre les camisards

N’imaginons pas toute une région levée contre l’armée royale. Certains, exaspérés par les menées des camisards mais aussi par l’inefficacité des troupes royales, décidèrent de prendre le relais dans la lutte contre les camisards et toute sorte d’hérétiques. Ils n’hésitaient pas à se livrer à des massacres. Certains comme les Cadets de la Croix ou camisards blancs étaient même incontrôlables. Ces casseurs profitaient de la situation pour piller et exécuter sommairement les gens sans se préoccuper de savoir s’ils étaient vraiment camisards. Quand la lutte contre les camisards toucha à sa fin, on les réprima.

Comment ont-il pu tenir tête si longtemps à une armée royale ?

Peu nombreux face à une armée royale plutôt bien entraînée, cette guerre apparaît comme une guérilla. Les Cévennes sont un terrain difficile qu’ils connaissaient bien tout comme les maquis dans lesquels se cachaient les résistants pendant la Seconde guerre mondiale. Les attaques étaient fréquentes et surgissaient de nulle part. Montagnes et vallées étroites devenaient des alliées précieuses où ils pouvaient se disperser après chaque attaque. Ils menaient une guerre psychologique de main de maître.

Bien que clandestins, la population civile les a largement soutenus. Ainsi, ils ont pu tisser tout un réseau de renseignement. Pour se ravitailler, ils mirent au point une filière clandestine leur amenant finances, armes, alimentation. Ils entreposaient les stocks dans des grottes, des caves ou des cavernes.

La réponse de l’armée

L’armée n’est pas restée sans rien faire et leur répression fut sanglante. Les soldats brûlaient des villages entiers. Ils expulsaient et concentraient les populations dans des camps surveillés sans oublier les exécutions sommaires.

Un protestantisme particulier

Les chefs camisards sont tous des prophètes ayant reçu le don de prophétie. La violence serait plus efficace que la patience que prêche les pasteurs depuis Genève. Le prophétisme est loin des idées de Genève. On pourrait rapprocher cette religion des courants évangélistes actuels. Les protestants du Languedoc ont peut-être plus de traits communs avec les protestants américains actuels que les protestants suisses de leur époque.

Les protestants devront attendre 1787 pour obtenir un nouvel édit de tolérance et la Révolution française pour l’égalité complète.

Patrimoine et lieux de mémoire des protestants du Languedoc

La maison de Rolland à Mialet : le lieu de mémoire des protestants du Languedoc

La maison de Rolland à Mialet dans le Gard est devenu le musée du protestantisme depuis un siècle. Il y a des plaques avec le nom des galériens. Ça ressemble presque au mémorial de la Shoah.. Le 1er septembre se déroule l’assemblée du désert où des Australiens et Américains se joignent à la fête. En ce moment, ce sont plutôt les évangéliques qui prennent la relève. Aujourd’hui, il y a plus de protestants en chiffres relatifs et absolus qu’au XVIIIe siècle en France. Le musée du Désert est l’un des lieux où ils peuvent se retrouver. Les visites guidées sont absolument passionnantes et je vous les conseille vivement. La plupart des visiteurs sont des Cévenols plutôt que des touristes.

Adresse : 30 140, Mialet

La tour de l’horloge à Anduze

A Anduze, la tour de l’horloge est sûrement le lieu le plus symbolique de la ville. C’est qu’il ne reste que cela des remparts. On les détruisit après la soumission du duc de Rohan en 1629, partisan du parti protestant qui avait animé les guerres de religion. Après sa soumission, les dernières places de sûreté huguenotes ont été démantelées.

Le Pont-de-Montvert, un village camisard

C’est au Pont-de-Montvert que cette guerre débuta. C’est là qu’une soixantaine d’hommes armés forcèrent la maison de l’abbé du Chayla et l’assassinèrent.

Sources:

  • Une émission de radio à réécouter : La Marche de l’histoire, Les protestants du Languedoc, 11 novembre 2012
  • Un livre: Comprendre la révolte des camisards, Marianne Carbonnier-Burkard, Editions Ouest-France, 2016

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