ILES

PICO : L’ILE AUX BALEINES

Pico ne se trouve pas encore sur les brochures des grandes agences de voyage. Ici, pas de plages de sable blanc mais des piscines naturelles. Pas le soleil toute la journée mais des paysages d’un vert éclatant. C’est aussi l’une des deux seules îles des Açores a être inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Sans oublier que c’est le meilleur endroit pour partir à la rencontre des baleines.

JOUR 1/ LES PAYSAGES

Les vins de Pico méritent qu’on s’attarde sur l’île. Mais ce sont surtout les paysages façonnés par la vigne qui valent le détour. Nous avons fait le choix de les découvrir en enfilant nos chaussures de randonnée. Nous avons aussi attendu toute la journée que le mont Pico veuille bien se dévoiler. Le long de la mer, en altitude et des verres de vin pour nous réconforter, nous avons passé une journée formidable.

LES PAYSAGES VITICOLES

Pour comprendre la culture viticole de Pico, il faut d’abord se tourner vers la mer. Une mer bien souvent agitée qui n’a pas du être tendre avec les marins. Pas la peine d’espérer trouver ici une plage où se poser. Falaises et rochers forment des remparts imprenables. Tout au plus, vous pourrez faire un gros plouf dans les piscines naturelles.

Nous sommes ici en terre de volcans et les éruptions ont façonné les paysages. Le long du littoral, vos pas foulent un sol de lave noire endurcie. Un noir en contraste avec le vert des vignes. Pourtant, ce terrain était indispensable pour l’exportation du vin. Chaque producteur avait son petit port et vous verrez de nombreuses pentes qui se jettent vers la mer. C’est ce qu’on appelle des « rolas pipas », essentielles pour charger les tonneaux de vin sur les bateaux. Un vin qui s’exportait dans de nombreux pays d’Europe mais aussi vers l’Amérique et la Russie. Les tonneaux faisaient escale dans le port d’Horta sur l’île de Faial juste à côté.

Si les rolas pipas ne se trouvaient jamais loin des endroits où on fabriquait le vin, ce n’était pas toujours le cas des lieux de production. Il fallait donc les acheminer en charrettes, d’autant qu’avec le succès grandissant du vin de Pico, les vignes se multipliaient et s’éloignaient donc de la mer. Le passage fréquent de ces charrettes a laissé ses empreintes dans la lave. C’est pourquoi, vous retomberez certainement sur des ornières appelées rilheiras lors d’une de vos randonnées.

A travers notre périple, nous avons aussi remarqué qu’il y avait parfois des trous dans la roche. Je me demandais si c’était des puits. En effet, ça l’était. Dans la partie ouest de l’île, il n’y avait ni ruisseaux, ni étangs. Il fallait donc creuser pour s’abreuver. Mais cette eau était aussi nécessaire pour cultiver les vignes et pour la distillation. C’est pourquoi vous trouverez nombre de ces puits sont situés à côté d’une distillerie.

Vous verrez sur la côte nord et ouest, de nombreux anciens manoirs. Ils sont bâtis en roche volcanique, parfois peinte en blanc, mais aussi le bois de la forêt pour la charpente et le sol. Les tuiles pour les toits en revanche proviennent de l’île de Graciosa. Ces anciennes demeures viticoles sont aujourd’hui bien mises en valeur.

Enfin, venons en aux vignes elles-mêmes. Ce paysage viticole est tellement atypique. Des parcelles carrées irrégulières encerclent le vin. Elles sont délimitées par des murets en roche volcanique (quand elles sont rondes, c’est qu’on cultive des figues). Ces murets étaient impératifs pour protéger les vignes du vent et des embruns. Pour planter les pieds de vigne dans le sol rocailleux appelé lajido, il fallait creuser et casser les pierres, ce qui était un travail de titan. Elles formaient ensuite les murs.

Et ce vin alors ? Je l’ai goûté bien sûr. Il faut d’abord savoir que c’est essentiellement du vin blanc. Il ne fait pas assez chaud (jamais plus de 25 degrés) pour prétendre produire du bon vin rouge. La star de Pico, c’est le verdelho, un vin liquoreux sec. On ne le trouve qu’ici.

L’IMPOSANT MONT PICO

C’est le plus haut sommet du Portugal. Pourtant, ça ne signifie pas que vous le verrez. Toute la journée, le monsieur joue à cache cache avec les nuages qui l’entourent. C’est bon à savoir quand on prévoit son ascension qui est rude. Quelque soit le point de vue, il reste toujours magique car on ne voit jamais la même chose. Tantôt brumeux, tantôt découvert. Pour avoir un des meilleurs points de vue, prenez votre voiture et quittez la côte. L’intérieur de l’île est souvent délaissé et d’ailleurs personne n’y vit. Je vous suggère de rejoindre le Lagoa do Capitão pour vos plus belles photos et pourquoi pas débuter une randonnée.

JOUR 2/ SORTIE EN MER

Pico est aussi le lieu de départ idéal aux Açores pour partir à la rencontre des baleines. Il faut dire que pendant longtemps, on y a pratiqué la chasse à la baleine de manière traditionnelle. Chaque année, quelques baleines étaient tuées pour les besoins des habitants sans que cela nuise à leur reproduction. En revanche, la chasse au harpon peut paraître une mort un peu barbare. Depuis, la législation a changé et il est interdit de continuer cette pratique ancestrale. Pico en est nostalgique. Œuvres d’art, courses nautiques sur d’anciens bateaux de pêche vous rappelleront ce passé. Et l’île a même demandé que sa culture baleinière soit reconnue par l’UNESCO.

FAUNE MARINE

La faune des Açores est riche sans être toutefois exceptionnelle. Vous y verrez des dauphins ou des cachalots qu’on peut observer dans bien d’autres eaux. Toutefois, la façon de les approcher est très stricte. Il faut respecter une certaine distance, il est désormais interdit de nager avec les baleines. Moi qui n’en avait vu qu’une fois au large de Boston, je garde de cette journée un souvenir mémorable.

Aux Açores, vous n’aurez pas de chance si vous n’en voyez pas. Pour ma part, j’ai vu deux groupes de cachalots qui ont la particularité de ne pas posséder des fanions mais des dents. C’était magique surtout quand l’un d’entre eux s’est mis à sauter devant nos yeux. Et quand ils le font, ils sont partis pour au moins trois tours. Nous avons vu aussi un groupe de faux orques, des sortes de dauphins, véritables chasseurs qui peuvent manger d’autres dauphins. Ils se baladent en bande d’une cinquantaine et sont très joueurs lorsqu’ils nous approchent. Bien sûr, nous avons aussi vu des dauphins plus classiques. Autre curiosité : les poissons volants qui se déplacent de manière très rapide. Un poisson avec des ailes : il faut le voir pour y croire.

Au delà des mammifères marins, les oiseaux sont aussi intéressants. On vous apprend à distinguer les cris des différentes sternes. Mais on voit surtout les bandes de puffins cendrés. Ces oiseaux sont très connus dans les îles centrales des Açores (surtout Pico et São Jorge) pour pousser des cris la nuit afin de retrouver leur nid. Leurs bruits sont bizarres et certains font un remake de la soupe aux choux.

LE LONG DE SAO JORGE

Certains prestataires vous proposent de vous approcher de l’île de São Jorge et de la contourner. Il se peut même que vous y mangiez le midi. Cette île est absolument splendide. Elle n’est presque composée que de falaises mais parfois à ses pieds, le sol volcanique permet de faire pousser fruits et légumes. On appelle ces champs des fajas. Surtout, nos yeux s’écarquillent devant les cascades qui tombent à pic dans la mer.

Informations pratiques sur Pico 

Quand partir? Les températures à Pico ne sont jamais trop élevées, ni trop basses. L’hiver, les températures descendent à 15° et l’été, elles montent jusqu’à 25°. Pour observer les baleines bleues (les plus impressionnantes), il faut venir en avril ou mai. Après, elles migrent car les eaux sont trop chaudes. Mais aucun souci l’été pour voir des cachalots ou des dauphins.

Comment arriver à Pico?  Vous pouvez atterrir directement à Pico sans passer par une autre île des Açores. Il y aura toutefois une escale au Portugal très souvent à Lisbonne. Tap air Portugal et Azores airlines sont les deux compagnies aériennes. Si vous voyagez sur plusieurs îles des Açores, vous pouvez prendre un vol inter-îles en provenance de Ponta Delgada. Je ne vous conseille pas de prendre un ferry de São Miguel à Pico. C’est certes moins cher mais bien plus long et peu confortable. En revanche, si vous couplez la visite avec l’île de Faial, vous pouvez rejoindre Pico en 25 minutes si vous débarquez à Madalena. Sachez toutefois que la ponctualité des ferrys n’est pas une de leur qualité. Pour ma part, nous sommes arrivés avec deux heures de retard.

Louer une voiture C’est essentiel pour se déplacer à Pico. Les transports en commun sont très peu développés. Il y a quelques compagnies classiques à l’aéroport. Ce sera néanmoins une part importante du budget car les locations demeurent assez cher.

Combien de temps consacrer à Pico? J’ai passé pour ma part 2 jours à Pico. Une journée consacrée à la randonnée et aux paysages viticoles et une journée en mer. Mais on peut très bien y passer 4 jours en y ajoutant la montée du mont Pico et des randonnées autour des lacs d’altitude. Mais certains auront un tel coup de cœur qu’ils pourraient bien avoir envie d’y consacrer une semaine. On peut aussi décider de consacrer une semaine en couplant Pico et Faial, 2 semaines en faisant toutes les îles centrales (Pico, Faial, Graciosa, São Miguel et Terceira), 3 semaines si on décide de faire les îles centrales et São Miguel et au moins un mois si on veut visiter toutes les îles.

Quelle compagnie choisir pour observer les baleines et les dauphins? La plupart des compagnies se situent à Lajes sur la côte sud. Mais une enseigne se détache des autres: Espaço Thalassa. C’est celle que j’ai choisie. Il y a plusieurs options possibles: une demi-journée à observer les baleines et les dauphins, une journée entière qui vous emmène jusqu’à São Jorge et même 8 jours pour tout savoir sur les cétacés. Certes, une journée entière en haute saison coûte 128 euros mais ça vaut le coup de mettre la main au porte-monnaie.

Où loger? Nous avons cette fois-ci dormi dans un Airbnb chez Paula. Ce qu’elle indique comme des chambres privées sont en réalité des maisonnettes en roche volcanique noire très jolies.

Où bien manger? Les restaurants de Pico dans lesquels nous nous sommes rendus étaient bien meilleurs qu’à São Miguel. Deux ont surtout retenu mon attention:

* Casa Ancora: mon resto préféré aux Açores à São Roque do Pico. Cuisine ouverte, plats frais et raffinés.

* Restaurante Canto do Paço. Dans un petit village, charmant restaurant qui propose de la bonne cuisine en misant sur des poissons péchés du jour.

Où prendre un verre? Le bar sympa du moment à Pico est le Cella bar à Madalena. Le bâtiment tout en bois est magnifique. On y vient surtout pour sa terrasse. Toutefois, la nourriture servie pour le restaurant n’a rien d’exceptionnel et c’est un endroit un peu touristique.

MON AVIS SUR PICO

Des 3 îles des Açores que nous avons visitées, Pico est de de loin notre préférée. Elle a une réelle identité autour de ses vins et de sa culture baleinière. D’ailleurs, beaucoup d’anciennes usines de baleines sont aujourd’hui reconverties en centre d’art. Ses paysages sont les plus beaux que j’ai vus entre la côte, le mont Pico, les piscines naturelles ou les lacs d’altitude. Mais surtout, après avoir été déçu de la nourriture à São Miguel, après s’être un peu rassuré à Faial, Pico est clairement l’île où on mange le mieux aux Açores. Et on accompagne toujours les plats d’un bon vin blanc. Mais ce que nous avons surtout retenu des Açores, c’est qu’aucune île ne se ressemble. On se sent plus habitant de son île qu’açorien. Il ne me reste plus qu’à me rendre un jour à Flores dont on m’a dit le plus grand bien.

D’autres articles vous attendent sur notre périple dans les Açores: 

=> Une semaine à São Miguel

=> 2 jours à Faial

 

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