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Paris d’ailleurs: Avant les Incas au musée du Quai Branly

L’occasion de venir sur Paris, c’est aussi de se protéger de la pluie en dénichant une bonne exposition dans la capitale. Comme cette semaine, je me suis mis martel en tête de découvrir un Paris plus exotique à travers mes balades et mes restos, le Quai Branly est toujours un excellent endroit pour voyager vers d’autres continents.

 

Le Pérou avant les Incas au musée du Quai Branly du 14 novembre 2017 au 1er avril 2018: Compte rendu

Pérou rime avec Machu Picchu. Les Incas ont marqué à tout jamais l’imaginaire que nous pouvons avoir de ce pays. Pourtant, ils peuvent remercier les Cupisnique, les Mochica, les Lambayeque et les Chimu qui les ont précédés. Ils ont posé les jalons d’une civilisation mais sont restés méconnus car une grande partie de leur architecture, entre autre, s’est envolée avec le temps. Ces peuples qui se sont succédés étaient coincés au nord du Pérou sur la côte. Celle-ci était prise en tenaille entre la mer d’où venait un courant froid et la Cordillère des Andes qui stoppait les pluies. Résultat: une région désertique où dans les vallées émergent des montagnes solitaires. N’allez pas penser que la nature était si rude que ça puisque il y avait du maïs et des protéines à profusion avec une faune marine exceptionnelle comprenant poissons et fruits de mer (il y avait même des lions de mer) et terrestre prête à être chassée comme les lamas et les vigognes. La famine n’est donc pas une situation courante. D’autres animaux étaient plus insaisissables et par ce caractère ont été déifiés par certains de ces peuples. C’est le cas du puma.

Ce qui m’a le plus impressionné, outre toutes les choses que j’ai apprises, ce sont tous ces objets d’une conservation époustouflante. Les anse bouteilles à goulot intactes avec leurs surfaces peintes en sont un exemple. Elles représentent tour à tour des dieux, des ancêtres, des personnages importants … Autre point fort: ce sont les maquettes des temples qui sont contemporaines de l’époque et non pas faites à posteriori. Elles sont un précieux témoignage de la religion de ces sociétés dont il demeure peu de preuves de nos jours. Sans oublier que les visages des différents souverains et souveraines étaient représentés pour que leur image soit diffusée sur tout le territoire contrôlé. Saisissant de réalisme. Enfin la reproduction 3D d’une reine et de son apparat retrouvé dans son tombeau impressionne.

Anse goulot représentant un canard guerrier

Cette exposition nous interroge aussi beaucoup sur les héritages de ce passé lointain. Car en effet, ces cités bâties il y a des siècles sont antérieures à notre ère chrétienne. S’il ne reste presque plus de traces et que l’absence de l’écriture rendent difficile la recherche, elles n’ont pas totalement disparu. Tout d’abord la gastronomie. Si le cochon d’Inde est souvent considéré comme le plat national du Pérou aujourd’hui, il est consommé depuis des millénaires sur cette terre. La chicha est aussi un des restes de cette époque. Cette boisson fermentée à base de maïs, de manioc et de fruits et toujours consommée en Amérique du Sud même si c’est sous d’autres formes. Mais nous leur devons aussi quelque chose. Sachez qu’ils cultivaient la pomme de terre et qu’il en existait 400 variétés. Quand on sait qu’elle ne fut introduite en Europe qu’au XVIe siècle cultivée par des moines à Séville. Outre la gastronomie, ce sont d’autres éléments de civilisation qui m’ont marqué. Si on retient les Aztèques pour leurs sacrifices alors, là aussi, autant effectuer un bond dans le temps et aller plus au Sud. Car comme cette civilisation, ces peuples les pratiquaient et pour les mêmes raisons: nourrir les dieux pour rendre la terre fertile. On répartissait le sang des sacrifiés dans les champs. Comme les Aztèques plus tard, on mettait au point des guerres ritualisées et les prisonniers malchanceux allaient plus tard se vider de leur sang. Seule différence, on leur tranchait la gorge au lieu de leur retirer le cœur. Et avant de les destiner à une mort certaine, on les droguait également. C’était des prêtresses qui leur faisait boire une substance hallucinogène. Encore une façon de montrer que les femmes ont une importance dans ces sociétés. Si ces peuples se sont effondrés remplacés par les Incas, les conquistadors eux se sont occupés de détruire des éléments civilisationnels. Toutefois, les traditions ont la dent dure et la prochaine fois que vous mangerez un cochon d’Inde au Pérou, vous remercierez les Mochica et autres.

Prisonniers buvant une substance hallucinogène

 

 

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