USA

NASHVILLE : TRENDY, YUMMY, COUNTRY

Nashville pourrait de prime abord apparaître ringarde. Chapeaux de cow boy et santiags sont les artifices nécessaires pour les chanteurs de country. Certes, la country fait clairement partie de l’identité de la ville. Il n’en reste pas moins qu’elle est toujours le repaire des artistes musicaux en devenir, n’hésitant pas à franchir les frontières pour y percer.

Aujourd’hui, Nashville est donc devenue une destination complètement tendance où on vient fêter ses enterrements de vie de jeune fille ou passer des soirées étudiantes. Mais ce qui rend la ville si branchée, ce sont ses adresses de restaurant tout à fait épatantes. Il se pourrait bien que ce soit la ville où j’ai le mieux mangé aux Etats-Unis. Petit programme de 2 jours dans celle que l’on surnomme Music City USA.

JOUR 1/ DANS DOWNTOwN : NASHVILLE EN MUSIQUE

Autant le dire d’emblée, Nashville n’est pas ce qu’on appelle une belle ville. J’ai même trouvé Downtown plutôt laid. On voit s’élever, plus clinquante que les autres, la fameuse tour Batman. On arrive aussi par un pont dont le bruit de la rivière reproduit des notes de musique. Très vite, on comprend que Nashville est une ville agitée.

COMPRENDRE LA COUNTRY AU MUSIC HALL OF FAME

A Nashville, on ne plaisante pas avec la country. Musique un peu ringarde pour les jeunes générations, elle a toujours su se réinventer. Taylor Swift en est la preuve. C’est ce qu’on défend en tout cas bec et ongles au Country Music Hall of fame and Museum. C’est le plus grand musée dédié à la country du pays. Celui où les images des stars défilent en photos ou sur grand écran, où les guitares rutilantes brillent dans les vitrines et où des voitures tape à l’oeil ont même trouvé une place où se garer. L’exposition revient sur l’évolution de ce genre musical et ses capacités d’adaptation. Sympa au début, il s’agit vite d’une succession de figures dont on a écrit la biographie. Et on a aussi l’impression que tout est country, considérant que Taylor Swift fait plutôt de la pop. Retour sur l’histoire de ce style musical.

Aux origines de la country : la musique celtique

Qu’est ce que la country ? Il n’y a pas vraiment de réponse à cette question. Plus qu’un style musical, c’est une atmosphère. C’est dans une histoire longue que la country puise ses racines. Des Irlandais et des Ecossais furent déportés par les Anglais à l’époque où les Etats-Unis n’étaient encore que des colonies anglaises. En échange d’une traversée gratuite, ils devaient s’engager à travailler 7 ans sans salaire dans une plantation. C’est l’époque où l’exploitation du tabac, du coton et de la canne à sucre prenait son essor. On peut dire l’assimiler à une forme de servage. Le coût humain était important lors des traversées. Pour travailler, ils devaient acheter des denrées et outils au seul magasin existant, appartenant à la Compagnie anglaise. Souvent hors de prix, la Compagnie les leur fournissait et exigeait en contrepartie qu’ils restent 7 ans de plus. Ce qu’il faut retenir, c’est que c’est à cette période que la musique celtique pénètre le territoire américain. Et d’ailleurs, l’une des chansons les plus célèbres de la country traite de ces 7 ans supplémentaires. Dans Sixteen tons, Merle Travis chante : « Saint Pierre, ne me rappelle pas trop vite, je dois mon magasin à la Compagnie ».

Une musique country qui s’ouvre

A cause de la politique de la Compagnie, une série de révoltes éclate au XVIIIe siècle. L’Angleterre au départ réprime mais se retrouve en difficulté puisqu’elle doit faire venir de nouveaux ouvriers à chaque fois. Lassée, elle ordonne à ces Irish et Scottish de dégager sur le champ. C’est ainsi qu’ils s’installent dans les Appalaches, un massif montagneux jouxtant la plaine du Mississippi. Pendant un siècle, ils vivent ici isolés du monde cohabitant avec des Indiens. Progressivement, ils créent une musique basée sur des sonorités celtiques mais de plus en plus influencée par la culture américaine. En effet, les Appalaches deviennent un centre minier important au XIXe siècle. Ainsi, des routes sont creusées et l’espace s’ouvre. De nouvelles populations des plaines s’y installent, notamment des Noirs mais aussi des immigrants italiens qui introduisent la mandoline ou des Allemands. Enfin, n’oublions pas l’influence française car nous avons été très présents dans cette région pendant longtemps.

L’envol après la Seconde guerre mondiale

Nashville n’a pas encore la réputation qu’elle a aujourd’hui. Il faut attendre la fin de la Seconde guerre mondiale. C’est à ce moment là qu’on crée des studios indépendants qui sont très différents des majors de l’industrie du disque basées à New York et Chicago. Ici, on cherche clairement un autre son plus en rapport avec la région. Dans ces nouveaux studios, on enregistre des émissions en rafale. Elles étaient destinées aux agriculteurs et on y présentait les produits agricoles comme les farines pour animaux. Entre tout cela, on insérait des chansons. Les musiciens jouaient et annonçaient où ils allaient se produire, bien souvent dans … des fermes(!) car les clubs n’étaient pas encore légion. C’était le lancement de la country industrielle.

Du hillbilly à la country

Pendant longtemps, la country était une musique régionale. On l’appelait alors la hillbilly music, à traduire par « musique des péquenauds », celle des rednecks qu’on méprise. D’ailleurs, pour l’anecdote la compagnie Columbia s’installe dans la région, en pensant qu’en enregistrant cette musique et en vendant les disques, les bouseux vont leur remplir les poches. Ce n’est qu’après la Seconde guerre mondiale que la country prend son envol emportant Nashville avec elle. Les Sudistes, humiliés par la guerre de Sécession, ont besoin de reconnaissance et vont mêler ce style musical à la western music du Texas. Le hillbilly devient alors la country and western music avant de devenir la country. Mais c’est dans les années 1970 avec l’élection de Jimmy Carter qu’elle devient si populaire. Depuis la guerre de Sécession, c’est le premier président venant du Sud à être élu. Dès lors, les gens de Washington fatigués d’entendre les mêmes sons et qui ont envie de chansons à texte s’intéressent à la country, une musique qui raconte des histoires vraies, des histoires d’hommes authentiques. Par contre, la France méprise longtemps cette musique même si Johhny Hallyday, Sylvie Vartan et Eddy Mitchell prennent un immense plaisir à enregistrer à Nashville.

RENDRE UN HOMMAGE A JOHNNY CASH AU JOHNNY CASH MUSEUM

Même si je ne suis pas un fan de country, j’ai beaucoup d’admiration pour Johnny Cash. Si vous ne le connaissez pas, n’hésitez pas à regarder le film Walk the line qui a d’ailleurs valu un oscar à Reese Whitherspoon. Walk the line, Jackson, A boy named Sue,autant de tubes qui tourneront en boucle dans votre tête après quelques passages dans les honky tonk. J’ai trouvé ce musée assez touchant. On rappelle l’engagement du chanteur pour les prisonniers. Son concert à Folsom prison reste dans les mémoires de la musique. En revanche, son engagement pour les Indiens d’Amérique est moins connu. Attardez vous dans la dernière salle où vous pourrez écouter les différentes reprises de Johnny Cash par d’autres artistes. J’ai eu un coup de cœur pour la version de Ring of fire par Grace Jones. Un musée que je conseille toutefois aux personnes qui connaissent un peu sa vie.

ÉTERNEL STUDIO B

Le studio B du RCA est une autre star de Nashville, voire peut-être l’attraction la plus touristique après le Country Music Hall of fame and museum. Pas étonnant, quand on sait que c’est là qu’Elvis a enregistré la majorité de ses chansons, plus de 200! Une visite ici aussi que je conseille aux fans et qui ne m’a pas grandement passionné. Il faut dire que c’est une visite guidée en anglais avec un accent du Sud pas toujours facile à comprendre. On vous laissera prendre la pose sur le piano du King pour immortaliser votre passage. Il faut penser à réserver au Music Country hall of fame. Une navette y vient vous chercher environ toutes les heures.

Music row : le quartier des maisons de disque

Un peu à l’écart de Downtown  Music Row concentre les maisons de disque. Peut-être que vous n’en avez pas conscience, mais Nashville est toujours restée une plaque tournante de la musique. Elle est encore un terreau fertile pour produire les stars du futur et nous y avons même rencontré une française partie tenter sa chance. Nashville, c’est Music City et pas seulement Country City. C’est maintenant le paradis du rock. Les Black Keys en sont issus. Les Kings of Leon l’aiment tellement qu’ils y ont créé leur propre festival tandis que Jack White a redonné au rock ses lettres de noblesse  avec son groupe The White Stripes. Il a installé récemment son label à Nashville. Même l’australienne Kylie Minogue y a enregistré son dernier album distillant un peu de country dans une ambiance disco. Go to Nashville and keep dancing !!!

FINIR LA SOIRÉE DANS UN HONKY TONK

Si vous vous promenez dans les rues de Nashville, la musique des honky tonk vous attirera comme les sirènes ont hypnotisé Ulysse. Une tournée s’impose donc en soirée. Ils ouvrent souvent jusqu’à 3 heures du matin, ce qui vous laisse le temps de les arpenter. Un honky tonk, c’est un bar qu’on disait souvent malfamé et ce mot signifie en fait « aller et venir ». Je ne vous fais pas de dessin. D’ailleurs, les Rolling Stones qui descendent aussi de la country, ont honoré dans une chanson les Honky tonk women, ces dames venues chercher une aventure d’un soir dans les bars dansants. Sur Broadway, les décibels explosent au son des plus grands standards de la country. Laissez vous tenter et poussez les portes de ces bars si particuliers où la bière coule à flots.

Informations pratiques sur la musique à Nashville: 

Les billets combinés: L’entrée au Country music hall of fame museum est assez cher: 27,95$ pour un adulte, 18,95$ pour un enfant. Mais vous pouvez avoir un billet combiné avec la visite du Studio B (40,95$ pour un adulte, 30,95$ pour un enfant)

Entrer dans un honky tonk: Il faut absolument avoir une carte d’identité pour entrer. Il faut être adulte donc aux Etats-Unis, c’est 21 ans. Vous pourrez y aller avec vos enfants dans quelques uns en journée mais pas le soir. Pour en trouver, allez sur Broadway. Il y en a pléthore.

Où se rendre dans un temple de la country? Grand Ole Opry dans l’Opryland. C’est la plus vieille émission radio du monde. Elle existe toujours aujourd’hui et on peut dire qu’elle est devenue une attraction touristique même si les locaux l’adorent toujours autant. Elle a commencé dans les années 1920 parce qu’on cherchait des sons plus modernes. C’était des fermiers qui parlaient aux fermiers. Certains étaient plus doués que d’autres mais tout le monde savait jouer car la musique était le seul loisir d’une vie de dur labeur. On a commencé par l’enregistrer dans des studios de fortune puis des granges puis au Ryman auditoroum à partir des années 1940 jusqu’aux années 1970. Cette salle mythique vient d’être récemment restaurée. Cette émission aura au fil des ans de plus en plus de succès auprès des ruraux puis au delà de Nashville. Par la suite, elle influencera de nombreux musiciens notamment des musiciens noirs du blues.

Où écouter du jazz? Bourbon Street Blues and Boogie Bar, 220 Printers Aly. Les airs de La Nouvelle-Orléans ne sont pas loin. Bourbon Street blues and Boogie Bar est de ces bars qui s’éloignent de la country. Ici, saxophones et autres cuivres prennent la place de la mandoline ou du violon. Non loin de Broadway, c’est un coin très sympa.

Où écouter du rock? Sortez des honky tonk. Certes, il y a de l’ambiance mais c’est toujours les mêmes rengaines country. Il faut absolument écouter du rock à Nashville. C’est à East Nashville ou dans The Gluch que vous trouverez de très bonnes programmations. Pour ma part, je suis allé à The Basement East dans East Nashville où j’ai découvert l’excellent groupe Hurray for the Riff Raff.

JOUR 2/ les quartiers BRANChéS de nashville

Ne rester qu’une seule journée à Nashville serait bien dommage. Vous vous concentreriez sur Downtown en manquant le plus intéressant. Les quartiers autour du centre bouillonnent de créativité. Musicale bien sûr mais aussi et surtout gastronomique. Les nouveaux restaurants qui innovent valent bien qu’on prolonge son séjour à Music City.

THE GULCH

Ce quartier au sud-ouest de Downtown reprend de belles couleurs. Lieu des anciens entrepôts de la ville, maintenant réhabilités. Bars, restaurants et même clubs de musique branchés fleurissent. En plus, ce n’est pas loin du centre-ville.

GERMANTOWN

Appelé ainsi à cause du flux de migrants allemands qui étaient venus s’installer dans le quartier, c’est clairement aujourd’hui l’un des endroits les plus branchés de la ville. Je vous suggère de vous y rendre à partir de Downtown en passant par le Bicentenial park. Ne soyez pas surpris si vous êtes face à un style architectural néo-grec pompeux où on ne rougit pas de mettre des cloches qui sonnent les heures dans des colonnes corinthiennes. C’est surtout dans cette partie de la ville qu’on retrouve parmi les restaurants les plus raffinés.

EAST NASHVILLE

Mal famé il y a encore une dizaine d’années, East Nashville est devenu le quartier résidentiel le plus en vogue. Les maisons américaines sudistes en bois superbement colorées et les pelouses très bien taillées plantent le décor. Ici, vous pourrez écouter de superbes groupes ou manger les meilleurs hot-dogs et hamburgers de la ville. Je vous suggère fortement de loger ici plutôt que dans Downtown. Une promenade dans Woodlands street loin du tumulte du centre-ville va clairement vous réconcilier avec la ville.

 

Informations pratiques sur Nashville: 

Comment arriver? La meilleure option est d’arriver à Atlanta, très bien desservi au départ de Paris ou Bruxelles. Ensuite, il vous faudra rouler 3h30 pour arriver à Nashville.

Se déplacer à Nashville: Comme beaucoup de villes américaines, Nashville est une ville faite pour la voiture. Vous en aurez besoin surtout si vous voulez aller de quartier en quartier.

Où se loger?  Si vous voulez sentir le pouls de la ville, logez à East Nashville. Il y a des Airbnb très sympas. J’ai pour ma part logé chez Lee, une personnalité haute en couleurs tout comme la décoration de sa maison.

Où manger un excellent petit-déjeuner? Biscuit love, 316 11th avenue south. La longue file d’attente devant Biscuit love confirme son succès. Et à raison puisque les petits-déjeuners très sudistes qui y sont servis valent vraiment le détour. Biscuits avec saucisse et sauce gravy vous rempliront le corps. Pas la peine ensuite d’envisager un repas à midi.

Où manger un super hot dog?  I dream of Weenie, 113 S 11th street. Les hot dogs, ce n’est pas vraiment de la cuisine de haute voltige. Vous changerez peut-être d’avis avec I dream of Weenie qui revisite le genre. Reconnaissable entre mille avec son Combi jaune VW, il pourrait mettre le feu à votre palais avec son hot dog sauce piquante. Un incontournable d’East Nashville.

Où bien manger non loin de Downtown?  Husk Nashville, 37 Rutledge street. La chef Katie Coss propose une revisite des plats traditionnels du Tennessee au Husk. Un délice. Je vous conseille de réserver.

Où bien manger à Germantown?  Rolf and daughters, 700 Taylor street. Dans un bâtiment extrêmement moderne avec une immense table centrale conviviale, Rolf and daughters est un des meilleurs restaurants de la ville. Travaillant avec des producteurs du coin, le résultat dans l’assiette est sans pareil. Je vous suggère le poulet fermier au citron et confit d’ail.

MON AVIS SUR NASHVILLE

Nashville n’est pas une belle ville. Mais elle dégage une telle énergie que lui consacrer 2 jours ne serait pas du gâchis. On va avant tout à Nashville pour sa cuisine moderne. On y va aussi pour ses quartiers branchés et il ne faut pas hésiter à sortir de Downtown sinon on en repartira sans vouloir y revenir. Enfin, jetez aux orties la country pour vous concentrer sur ce que les jeunes générations musicales ont à vous offrir. Vous ne vous vous en rendrez pas forcément compte tout de suite mais vous aurez peut-être déniché les futures tendances.

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