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MLK 50 : Où célébrer Martin Luther King?

 Ça ne vous aura peut-être pas échappé. Déjà 50 ans que Martin Luther King a trouvé la mort. Dans un motel de Memphis. Dans une ville où il hésitait à se rendre. Malgrè l’ère Trump et des suprémacistes blancs qui ne se cachent plus, les célébrations ont plu sur tout le pays. Il n’était pas le seul représentant du mouvement des droits civiques mais il a incarné ce mouvement aux yeux des Blancs et est parvenu à faire bouger certaines lignes. Montgomery, Selma, Atlanta, Memphis l’ont vu passer entre autres. J’ai eu cette chance de me rendre dans le Deep South en avril-mai et certaines des villes où son passage a été remarqué n’ont aucunement sourcillé à rappeler le grand homme qui l’était. Tour d’horizon des lieux de mémoire de Martin Luther King.

Atlanta : le commencement au quartier natal d’auburn

Sweet Auburn était le quartier où vivait le jeune Martin Luther King, un quartier de la classe moyenne aisée noire. Mais pourtant, c’est là que je me suis pris une grosse claque car aujourd’hui, un grand nombre de SDF sillonnent le quartier et ils sont tous Afro-américains. Juste à côté, des musées en lien avec les droits civiques. La société américaine crée parfois des malaises.

A savoir aussi, le quartier de Sweet Auburn est classé parc national et est donc surveillé par des rangers. Cela prouve l’importance de l’action de King.

C’est le premier des lieux de mémoire de Martin Luther King dont je vais vous parler.

La maison du petit king

C’est dans le quartier de Sweet Auburn que le petit Martin Luther King a grandi. Et depuis peu, vous pouvez visiter sa maison. Il n’y a vécu que 12 ans avec ses parents, ses grand- parents maternels, ses frères et sœurs et sa grande tante. Pour cette visite, il faut vite prendre ses places au Visitor Center car ça affiche vite complet. Cependant, j’aimerais préciser que cette visite ne m’a pas du tout passionné. Il faut dire que le guide (le ranger) parlait avec un accent du Sud écrasé sans prendre en considération que nous étions étrangers. Finalement, on n’y apprend pas grand chose sur les droits civiques. A faire si on maîtrise très bien l’anglais car la visite n’est pas libre.

L’EBEZENER BAPTIST CHURCH

Ce lieu nous rappelle qu’il était un homme très pieux et un pasteur. Avant d’être le grand orateur qu’on connaît, il a servi en tant que co-pasteur aux côtés de son père. C’est dans cette église baptiste que la famille King venait rechercher la spiritualité. Pendant 80 ans, les King de grand-père en petit-fils y ont servi comme pasteurs. C’est donc là qu’il fit ses premiers sermons, bien avant celui, célèbre, de Montgomery qui appela au boycott des bus. Après sa mort, c’est son frère qui reprit la charge jusqu’en 1969 où il mourut soudainement. En 1974, un homme armé a tiré sur Mama King et sur le diacre Edward Boykin. Trois autres personnes furent blessées. La mort de King ne signifiait pas la fin des combats. 

FREEDOM HALL

Ce n’est pas le lieu que le site met le plus en avant. Pourtant, je l’ai beaucoup apprécié. C’est un lieu d’expositions en rapport avec les droits civiques. Allez voir la dernière d’entre elles. L’histoire est souvent une affaire d’homme, les femmes restent les grandes oubliées. Et c’est pareil avec l’histoire des droits civiques. Certes, Rosa Parks, Angela Davis, Coretta King vous disent quelque chose. Mais vous découvrirez d’autres figures féminines oubliées. Parmi elles, Harriet Tubman qui a mis au point un réseau clandestin au milieu du XIXe siècle pour faire passer les esclaves du Nord vers le Sud. Elle figure désormais sur les nouveaux billets de 20 dollars. Ou encore Ida B.Wells, journaliste qui a dénoncé avec verve les lynchâges (j’ai fait un compte rendu de son livre ici). Enfin, Shirley Chisholm, première afro-américaine à être élue au Congrès et ceci pendant 7 mandats. Elle a même brigué l’investiture à la présidentielle en 1972 dans le parti démocrate.

VISITOR CENTER

Ce qui est incroyable avec les musées des droits civiques aux Etats-Unis, c’est qu’aucun ne se ressemble. Certes, tous reviennent sur les grands moments mais ils le font toujours d’une manière différente, souvent en mettant un accent sur le local. Ce que j’ai beaucoup apprécié, c’est que les archives vidéos qui sont mises en avant. On retrace toute l’actualité via la télévision et on se rend compte du pouvoir des images. Ce n’est pas la même chose de dire que des enfants ont été repoussés avec des lances à incendie et de le voir. On se focalise sur d’autres aspects comme la farouche opposition de Martin Luther King à la guerre au Vietnam. A ce propos, alors que le président Lyndon B. Johnson avait fait avancer les droits civiques, il se fâcha aussi avec Martin Luther King au sujet de cette guerre. D’ailleurs, il ne fut pas présent à son enterrement.

Le bassin

C’est l’un des lieux de mémoire de Martin Luther King les plus puissants. Le bassin au centre du quartier a été largement restauré. On y trouve exposé les tombeaux de Martin Luther King et de sa femme Coretta qui a été un élément essentiel de sa lutte. C’est à Atlanta qu’a eu lieu son enterrement.

MEMPHIS : LA FIN ?

Comment ne pas évoquer Memphis quand on dévoile la liste des lieux de mémoire de Martin Luther King ? C’est là qu’il y a trouvé la mort. Et pourtant, ce n’est pas une ville avec laquelle il avait eu beaucoup d’attaches. Chicago, Washington, Montgomery ont plus été au cœur de son action.

Le Lorraine motel

La gerbe de fleurs trahit. Très vite, on comprend où le pasteur a été assassiné. Si Martin Luther King se trouvait précisément là, c’est parce qu’il suivait les recommandations du Negro Motorist green book, un guide destiné aux Afro-américain publié annuellement de 1936 à 1966 pour savoir dans quels hôtels et restaurants ils pouvaient se rendre. Rappelons que nous sommes en pleine ségrégation raciale. Le Lorraine Motel était également prisé les chanteurs et musiciens de STAX à la fois Noirs et Blancs qui cherchaient une bouffée d’air frais autour de la piscine pour échapper aux chaleurs du studio . Le Lorraine Motel est aujourd’hui reconverti en musée national des droits civiques et il commence même à l’esclavage. C’est une visite poignante, nécessaire et incontournable. Martin Luther King y a toute sa place.

L’exposition en hommage à la mort de martin luther king

Au musée national des droits civiques, une exposition se tient cette année sur les 50 ans de la mort de Martin Luther King. Elle commence par une frise chronologique géante qui va au delà de la mort de Martin Luther King. Elle se déroule en quatre temps : une frise en rapport avec King. L’autre en rapport avec sa femme et ses enfants. Et on se rend compte que cette femme a été aussi importante que son mari autant pendant qu’après. C’est elle qui s’est battu pour que le jour de la mort de Martin Luther King devienne un jour férié. Il fut adopté par le Congrès en 1983 malgré l’opposition de Reagan. Elle s’est également battue pour les mouvements LGBT et a lutté contre l’apartheid. La mort de son mari a renforcé sa lutte plutôt que de l’affaiblir. La troisième évoque le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis et sa mémoire. Cela nous glace quand on apprend que la Caroline du Sud n’a accepté qu’en 2000, soit 17 ans après, le Martin Luther King’s day comme jour férié payé. Et la Virginie n’est que le premier Etat en 2007 à présenter ses excuses pour l’esclavage. La dernière frise met en lumière d’autres luttes dans le monde.

Après la frise chronologique, c’est l’occasion de revivre les derniers moments de King. Memphis le voulait. En particulier James Lawson qui avait organisé des sit-in étudiants et qui appelle le pasteur en mars 1968 pour soutenir la grève des éboueurs. Ils réclamaient une augmentation des salaires, la reconnaissance de leur syndicat et une amélioration des conditions de travail. De plus, deux éboueurs avaient trouvé la mort pendant leur travail. Le leader du mouvement des droits civiques accepta car il pensait que c’était une occasion de souligner les problèmes raciaux et sociaux. Il participa donc à une marche mais celle-ci dégénéra en manifestation violente et King décida de la quitter alors qu’elle n’était pas finie. Les tensions étaient fortes entre les leaders des droits civiques et les jeunes qui rejoignaient les Black panthers. Deux générations semblaient ne plus se comprendre. Mais MLK ne voulait pas se résigner et  montrer qu’une marche pacifique était possible à Memphis. Il revint donc le 3 avril 1968. Ce jour là, il prononçait son fameux discours Le Sommet de la montagne : « Et me voici maintenant à Memphis. Et certains commencent à dire qu’il y a des menaces. (…) Je ne sais pas ce qui va arriver maintenant. Nous avons devant nous des jours difficiles. Mais cela m’est égal. Car je suis allé au sommet de la montagne. ». Il sentait la fin approcher. C’était son dernier discours. Le lendemain, il est assassiné sur le balcon du Lorraine Motel.

La suite de l’exposition nous montre les conséquences de sa mort. Une explosion de violence. Des quartiers en flammes à Washington ou à Chicago mais aussi des morts. Et on se demande comment Coretta King a eu la force d’assister à la marche de Memphis en lieu et place de son mari. Cette manifestation prenait une autre tournure.

Enfin, l’exposition se termine par la mémoire laissée par le pasteur. Et les lieux de mémoire de Martin Luther King se sont multipliés après sa mort. D’abord, le 4 avril est devenu jour férié. Les rues Martin Luther King se sont aussi multipliées. Mais pas partout. Sur la carte des Etats-Unis, certains Etats n’en possèdent aucune. Comme je l’ai dit, le combat n’est pas fini. Peut-être même que nous n’en sommes malheureusement qu’au début.

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