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LE SEVILLE DE L’UNESCO

            Au classement du tourisme patrimonial européen, Séville tient la dragée haute. L’UNESCO ne s’y est pas trompée et a décidé d’y classer 3 bâtiments en même temps. Il faut dire que le passé de la ville est riche. Capitale d’Al-Andalus à ses débuts au VIIIe siècle avant que Cordoue ne lui subtilise la place, elle est reconquise par Ferdinand III de Castille au profit des Chrétiens en 1248, soit plus de 200 ans avant Grenade. L’occasion pour les Chrétiens d’en faire un symbole de la Reconquête et pour cela, il n’y eut aucune gêne à faire appel à des artistes musulmans. Puis, Christophe Colomb, qui réside un temps dans l’un de ses monastères, permet à la ville de connaître sa période de prospérité. Durant le Siècle d’Or, elle n’est pas moins que l’un des trois premiers ports d’Europe, profitant du tourisme avec le continent nouvellement découvert. Les 3 lieux de la Séville de l’UNESCO nous rappellent ces périodes brillantes.

 

LA MOSQUÉE QUI ACCOUCHAIT D’UNE CATHÉDRALE

Même si aujourd’hui, l’évêque de la ville aimerait faire taire le passé musulman de ce lieu sacré, la cathédrale de Séville s’est construite sur la structure d’une mosquée. Et la tour n’a rien d’un campanile italien. Il s’agit en réalité de l’ancien minaret, où les chants du muezzin ont été remplacés par le son des cloches. Pour cela, on a surélevé la tour d’origine de 26 mètres. C’est en 1401 que la construction a été décidée pour faire resplendir la cité. Lorsque Christophe Colomb entreprend ses voyages, la cathédrale n’est toutefois pas encore achevée. Avec la découverte d’un nouveau continent, le commerce se tourne vers l’Atlantique et Séville est en première ligne. Elle s’enrichit et l’édifice religieux peut enfin trouver une issue. En pénétrant dans ce lieu emblématique, on ne peut s’empêcher d’admirer son retable, le plus grand du monde, à tel point que la statue de Jésus Christ à son sommet touche presque le plafond. Cependant, c’est sa mère qui est placée en son centre dans une Espagne où on voue un véritable culte à la Vierge depuis le IVe siècle.  Ajoutons à cela que l’ensemble est recouvert d’or en provenance du Nouveau monde.

Le tombeau de Christophe Colomb se trouve ici. Toutefois, la controverse sur son corps reste vive. Est-il à Séville ou à Saint-Domingue en République dominicaine ? Sachez que la construction de la cathédrale s’achève après sa mort et bien qu’il souhaitât être enterré en Amérique, aucune église n’y avait encore été construite. Son corps fut maintes fois déplacé, si bien qu’on en perdit sa trace. D’après ce que j’ai compris, une petite partie des restes serait à Séville, une plus grande en République dominicaine. Cela n’empêche pas les quatre statues de porter son tombeau dans la cathédrale, chacune d’elle représentant une partie de l’empire espagnol.

 

L’ALCAZAR, UN PALAIS MUDEJAR        

Au départ, Cordoue était la capitale du califat qui portait son nom. Après son effondrement au XIe siècle, Séville devient le centre du pouvoir d’Al-Andalus. En réalité, cette Espagne musulmane est désormais morcelée en de petits royaumes appelés taifas. L’époque est en tout cas beaucoup plus instable engendrant un besoin de protection. Les murailles de l’Alcazar sont encore là pour le prouver. Mais c’est surtout aux XII et XIIIe siècles, lorsque les Almohades reprennent le contrôle d’Al-Andalus, que Séville s’embellit. On construit la Giralda en premier lieu puis on fait du palais de l’Al-Qasr un lieu magnifique. Bien que musulman, l’édifice fascine les rois catholiques. Quand Ferdinand III reprend Séville, il décide d’y finir ses jours, imité plus tard par son fils. Puis le palais almohade est rénové afin de lui donner des touches gothiques. Il devient celui que l’on connait surtout aux XVe et XVIe siècles avec les rois Alphonse XI er Pierre Ier. Fascinés par l’Alhambra de Grenade, ils veulent faire de l’Alcazar une symbiose des traditions artistiques chrétienne et musulmane. Cette fusion donne naissance au style mudejar. On n’a donc aucun scrupule à demander à des artisans musulmans de Grenade de venir travailler à l’Alcazar. La pierre y est traitée comme de la dentelle. Il faut aussi rendre hommage au travail des charpentiers de Tolède et des contremaîtres de Séville. La Renaissance et le XIXe siècle participent également à transformer ce palais parmi les plus beaux du monde.

A ne surtout pas manquer :

  • La salle des ambassadeurs édifiée sous Pierre Ier, la pièce la plus richement décorée où foisonnent les détails.
  • Une promenade dans les jardins
  • La cour des demoiselles avec son portique aux arcs polylobés
  • Les bains de Maria Padilla pour trouver de la fraîcheur

 

LES ARCHIVES DES INDES

C’est un lieu que je n’ai malheureusement pas encore eu l’occasion de visiter à Séville. C’est pourtant ici qu’il y a le plus grand nombre de documents traitant des relations avec le Nouveau monde. Ce centre d’archives est baroque et témoigne encore d’une autre évolution artistique de la ville: avec l’arrivée massive d’or, les édifices se chargent et ne lésinent pas sur l’opulence. Délesté des touristes, sachez  qu’il accueille en tout cas des expositions intéressantes.

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