BelgiqueEuropeExpos et événements

LE BAROQUE REVISITE A ANVERS

Dans le cadre du formidable événement « Anvers baroque » 2018, les artistes contemporains ont été invités à célébrer la fête. La ville a vraiment fait les choses en grand. En plus de remettre en lumière son patrimoine historique, elle a fait appel à des photographes, des street artists et des plasticiens pour s’embellir. Une franche réussite. Il serait fort dommage de ne pas s’ajouter un petit week end à Anvers durant ses vacances d’été.

LE STREET ART SUR LES MURS

On pourrait se poser certaines questions quant à l’association entre baroque et street art. Pourtant, le choix d’Anvers baroque va faire taire toutes les mauvaises langues.

ASTRO

Sûrement l’oeuvre qui m’a le plus séduit, l’artiste s’étant attaqué à 3 murs différents. Cet artiste issu du grafitti a bien évolué et a imposé sa patte. Ses arabesques sont reconnaissables entre mille. Mais ce qui le rapproche surtout du baroque, c’est son travail sur l’illusion d’optique. On n’oublie pas que l’art baroque est un art qui raffole du trompe l’oeil. Laissez votre regard s’enfoncer dans la perspective.

Adresse : Prekerstraat 27, Anvers

Smug

De son vrai nom Sam Bates, je ne l’ai pas découvert à Anvers. J’avais déjà été fasciné par son travail à Glasgow, autre ville féconde de l’art de rue. A Anvers, il a peint un portrait grandeur nature. Ce qui le rapproche le plus du baroque, c’est l’utilisation de la lumière. Et n’oublions pas qu’au temps du baroque,  Le Caravage fascinait déjà un certain Rubens avec ses jeux d’ombre et lumière.

Adresse : Kolvenierstraat 19, Anvers

EL MAC

Celui là vient de Los Angeles. Sa fresque que je trouve très sentimentale rend en fait hommage à un peintre du baroque. Ou plutôt devrais-je dire une peintre, véritable révolution au XVIIe siècle, Michaelina Wautier. Le MAS lui rend hommage cette année à travers une exposition. C’est finalement la communication des œuvres qui est mise en avant ici. Comme si l’art était intemporel et comment une œuvre arrive à traverser les époques.

Adresse : Gramayerstraat, Anvers

YVON TORDOIR

Anvers baroque prend avec lui toutes ses lettres de noblesse. Ici, ce ne sont donc ni des arabesques, ni des portraits mais le nom d’Anvers que vous découvrirez. Chaque lettre défile sous nos yeux comme un émerveillement. C’est bien pompeux comme le baroque : des colonnes grecques, des feuilles qui s’entrelacent. Bref, un bel hommage à Anvers puisque c’est ici une référence aux lettrines des ateliers d’imprimerie. Et au XVIe et XVIIe siècle, Anvers brillait sur ce marché grâce à l’entreprise Plantin Moretus que vous pouvez. Cet artiste a même créé de nouvelles lettres pour le catalogue d’exposition étant passionné de calligraphie.

Adresse : Eiermarkt 33, Anvers

LA PHOTO AU MAS

Anvers baroque s devait de s’implanter au MAS, le nouveau musée symbole d’Anvers. Comme je vous l’ai déjà dit, il accueille une exposition en ce moment sur Michaelina Wautier. Mais au fur et à mesure de ces étages, vous découvrirez les photos d’Athos Burez. Il m’a très vite fait penser à David  LaChapelle : excentricité, retouches à outrance, pas de tabous … Moi, j’adore. Et ses œuvres sont variées : scènes de genre, portraits d’animaux et d’hommes, scènes de bataille, magnifiques natures mortes… Rien ne semble vrai, tout est surjoué. Mais le baroque, c’est aussi cela : un art théâtralisé qui n’a pas peur de s’assumer comme tel.

JAN FABRE A L’AMUZ et DANS LA CATHÉDRALE

Ce qui est génial avec des événements comme Anvers baroque, c’est que ça nous permet de découvrir des lieux qui ne sont pas du tout mis en avant par les guides de voyage. C’est le cas de l’AMUZ, un centre de création artistique installé dans une église … baroque bien sûr. Et ça nous permet aussi de voir d’un œil différent des lieux incontournables comme la cathédrale Notre Dame. Nous pouvons pour cela remercier l’artiste du pays Jan Fabre pour qui j’avais eu un coup de cœur quelques années auparavant au Louvre.

CATHÉDRALE NOTRE DAME

Entre les œuvres de Rubens et les différents retables, la scultpure de Jan Fabre peut paraître détonnante. D’ailleurs, c’est souvent un sentiment qu’on éprouve devant ses œuvres. Ici, un homme en bronze doré tient en équilibre dans la paume de sa main une croix. Donc pas de représentation de Jésus, de Marie ou d’un quelconque saint mais plutôt d’un fidèle. Ou quelqu’un qui ne l’est peut-être même pas et qui vient de découvrir la foi. Encore une fois, une œuvre qui interroge.

3 RETABLES A L’AMUZ

Jan Fabre ne s’embarasse pas ici car il prend la place des trois grands maîtres du baroque anversois, à savoir Rubens, Van Dyck et Jordaens. Et il nous propose trois nouveaux retables décapants. Avec sa mosaïque de scarabées, il joue sur les couleurs. Le vert devient bleu et le bleu devient doré selon les angles que vous prenez.

Le retable de gauche nous présente un Jésus superstar avec un micro. N’est-ce pas toujours l’une des plus grandes idoles de notre monde contemporain ? D’ailleurs, le micro offre un clin d’œil à la fonction de studios d’enregistrement de l’église. Jésus va vous bénir tous et le Saint Esprit qui prend la forme d’une colombe est là pour l’aider. D’ailleurs, le triangle de lumière qui l’entoure n’est autre que la Sainte Trinité. La mytre, la crosse et le livre, c’est Saint Augustin mais ici ; c’est nous qui prenons sa place pour être au plus proche du Christ.

Quel beau travail que le retable central ! L’agneau sacrificiel est prêt. Il attend patiemment son heure pour remplir sa mission. Tout comme Fabre qui exécute la sienne. Il porte sur lui un diamant comme un autre hommage à Anvers, plaque tournante de ce bijou aujourd’hui. Ainsi, par cette image de l’agneau et du diamant, c’est comme une métaphore de l’enfant relié à la mère. La mère de Fabre est ici Anvers.

Enfin à droite, à la place du retable de Jordaens est dépeint la légende de Saint Apollonia. Dans les années 250 en Egypte, Apollonia s’est jetée elle même dans le feu pour échapper à ses persécuteurs qui exigeaient qu’elle abjure sa foi. Avant cela, ils lui avaient retiré les dents, brisé sa mâchoire et coupé la langue. C’est pourquoi Apollonia est cambrée sur une dent qui la hisse vers le ciel. Elle nous livre un véritable show et n’a pas peur de sa destinée. C’est ici aussi une superstar qui prend les pinces qui doivent lui couper la langue pour s’en servir de micro. Encore un hommage à l’AMUZ. Les décibels en bas montrent qu’elle a dépassé ses limites. Elle se mue en figure d’abnégation.

Adresse : Kammenstraat 81, Anvers

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *