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La Nouvelle-Orléans a 300 ans

C’est une année particulière pour La Nouvelle-Orléans. La dame est tricentenaire. Elle est pour moi l’une des villes les plus belles que j’ai pu visiter au monde. Mais elle a bien grandi aujourd’hui. C’est pourquoi je vous propose dans cet article de revenir au temps où elle ne se développait qu’un peu autour de Jackson Square. La fondation de La Nouvelle-Orléans résulte d’une rivalité entre Français et Espagnols. Elle a aussi donné lieu à des rencontres avec des populations européennes et amérindiennes. Pour cet article, je tenais à remercier la formidable exposition : « New Orleans : the founding Era » qui s’est tenue à l’Historic New Orleans Collection. Elle s’est malheureusement achevée le 27 mai. Dommage car elle présentait des documents exceptionnels, en partie des cartes de très grande valeur. Mais pour ceux qui seront dans la ville cet automne, une exposition ouvrira dans le même lieu le 1er octobre 2018 sur l’art post-Katrina.

Les Espagnols avant les Français

Avant la fondation de La Nouvelle-Orléans, il y eut les Espagnols. Ils furent en réalité les premiers à explorer la vallée inférieure du Mississippi. Au XVIe siècle, ils avaient encore un temps d’avance sur les Anglais et les Français.

Leur premier explorateur : Alonso Alvarez de Pineda en 1519. Son but : trouver un passage qui relie le golfe du Mexique à l’Asie. La géographie balbutiait encore à ce moment là, l’Amérique n’étant découverte depuis 1492 et seulement reconnue comme nouveau continent une dizaine d’années plus tard.

En 1528, Panfilo de Narvaez a conduit une expédition de Cuba à la Floride en longeant la côte ouest du golfe. Mais lorsqu’il atteint l’estuaire du Mississippi, les courants sont tellement forts qu’il se dirige encore plus à l’ouest. Le navire fait naufrage.

Quelques survivants sont emmenés par Alvar Nunez Cabeza de Vaca (son nom veut quand même dire tête de vache) qui est le subordonné de Narvaez. Là, ils entreprennent un voyage extraordinaire de 3200 kilomètres qui les mènent de la côte du golfe du Mexique à la côte Pacifique du Mexique. Certes, il leur fallu 8 ans mais cela reste incroyable, d’autant qu’ils sont dans un milieu qu’ils ne connaissent guère.

En 1539, nouveau personnage, Hernando de Soto avec 600 soldats explorèrent ce qui serait le futur Deep south américain. En 1541, ils atteignirent le Mississippi mais plus au nord cette fois, à l’emplacement de la future Memphis. Il perdit la vie ainsi que plusieurs de ses soldats.

Mais vous l’avez compris, il y a toujours quelqu’un pour conduire les survivants. Celui-là s’appellait Luis de Moscoso et il les ammena jusqu’au golfe du Mexique. En revanche, on ne sait pas s’ils ont emprunté le Mississippi ou le bassin ou la rivière Atchafalaya. Certes, la fondation de La Nouvelle Orléns est encore loin car nous sommes environ 2 siècles avant mais la grande découverte, c’est celle d’un grand fleuve sur la partie nord du continent américain : le Mississippi.

Carte de la baie de Mexico en 1661

Les Français arrivent plus d’un siècle plus tard

Aucune colonie n’a pour le moment été établi le long du Mississippi. Faisons un hiatus d’un siècle car les Français vont tarder à se manifester. Ils ne le firent que durant la deuxième moitié du XVIIe siècle. Ce n’est qu’en 1673 qu’ils envoyèrent Louis Jolliet descendre le Mississippi pour explorer la vallée du Mississippi. Il partit donc du nord du fleuve et non pas du golfe du Mexique.

En 1679, c’est Robert Cavalier de la Salle qui prend le relais et qui descend le Mississippi jusqu’à son embourchure jusqu’en 1682. Ainsi la France prit possession de ce territoire qu’elle nomma Louisiane en honneur de Louis XIV, alors roi. Toutefois, la Louisiane était bien plus étendue que celle que nous connaissons aujourd’hui. Elle embrassait tout le Mississippi de la région des Grands Lacs au nord des Etats-Unis au golfe du Mexique. Les Français étaient enfin entrés dans la course. Mais l’aventure de La Salle se termina mal. Demandant une deuxième expédition à Louis XVI qu’il obtint afin d’établir une colonie, il ne parvint pas à trouver l’embouchure du Mississippi. Ereintés, ses hommes finissèrent par l’assassiner.

Pour autant, la France n’abandonna pas l’espoir détablir une colonie le long du golfe du Mexique. Dans les années 1690, le canadien Pierre Lemoyne d’Iberville proposa une nouvelle expédition à Louis XIV. C’est ce que retranscrit le fameux prospectus d’Iberville en 1698 qu’il écrit lui-même. Il lui écrit que la côte du Golfe du Mexique regorge de mines et de bois. Il expliqua aussi qu’établir une colonie ici, en plein centre de l’Amérique était essentiel pour prévenir les incursions anglaises de l’Est et les espagnoles de l’Ouest. Nous nous situons à une époque où les rivalités de puissances s’exercaient dans le domaine colonial. Autre argument mis en avant : la possibilité de mener la guerre de course contre les navires espagnols dans le golfe du Mexique. Louis XIV fut convaincu. Une nouvelle expédition partit la même année. Son frère, Jean Baptiste Lemoyne de Bienville le suivit et devint même gouverneur de Louisiane. La fondation de La Nouvelle Orléans approchait.

Prospectus d’Iberville

Le temps des rivalités

A la fin des années 1690, l’anglais Daniel Coxe a acheté la concession de la Carolina. Elle s’étend de la côte ouest de la Caroline déjà établie jusqu’au fleuve Mississippi à l’ouest. On l’a missioné d’installer des huguenots, autrement dit des réfugiés protestants qui avaient fui le royaume. Finalement, le projet a été un echec. Un navire qui transportait justement ses huguenots avait commencé son voyage du golfe du Mexique et devait remonter le Mississippi pour installer une colonie sur l’une des rives du fleuve. Mais ils allaient trouver les Français sur leur passage. La première confrontation ne s’est pas faite attendre. C’est justement Jean Baptiste Lemoyne de Bienville qui fit face au capitaine d’un navire anglais. Il conseilla à l’anglais de repartir en sens inverse sans quoi de l’autre côté du fleuve, des Français bien armés l’y attenderaient. Ceci n’était qu’une ruse mais elle fonctionna.

L’autre puissance qui prit peur fut l’Espagne. Elle réagit vite en installant une colonie sur la côte du golfe du Mexique à Pensacola en 1698. Tout ceci afin d’éviter les incursions françaises en Floride. D’ailleurs, Pensacola fait toujours partie de la Floride aujourd’hui.

Le rôle de Saint Domingue

La France revendique la possession de la côte occidentale d’Hisapaniola en 1648, c’est-à-dire Haïti actuelle. De l’autre côté, c’est aujourd’hui la République dominicaine. L’Espagne cependant ne le reconnaîtra qu’en 1697. La fin du XVIIe siècle est aussi synonyme du déclin de la présence espagnole dans les Amériques, elle qui était seule avec le Portugal au XVIe siècle. Les Français et les Anglais voulaient aussi leur part du gâteau. L’Espagne n’avait plus les moyens de contrôler la côte occidentale de cette île, devenue un refuge pour brigands, d’atrapides, de traficants. La France gagne une influence auprès de ses gens. Elle les recruta pour mener des expéditions contre les ports espagnols. Certains vont même être nommés officiers de marine ou fonctionnaires coloniaux. Une bien belle promotion.

Le climat et le relief de Saint Domingue étaient idéaux pour la culture du sucre et du café dont l’île devint bientôt le premier producteur mondial. On n’hésite pas pour cela à pratiquer la traite négrière. Les Noirs sont donc venus en masse contre leur gré sur cette île des Antilles. Ce modèle est très vite reproduit en Louisiane.

1718 : La fondation de la Nouvelle Orléans

1718 est donc une date phare dans l’histoire de la ville. Elle est synonyme de la fondation de La Nouvelle-Orléans. Et comment peut-on encore dire que les Etats-Unis n’ont pas d’histoire alors que NOLA a 300 ans ? Il y avait la volonté de créer un comptoir sur une des courbes du Mississippi. Le site de La Nouvelle Orléans était donc idéalement placé entre le le delta du Mississippi et le lac Pontchartrain. Du Golfe du Mexique au lac, le bayou Saint Jean qui les reliait était un autre atout. Ainsi, on pouvait contrôler le trafic du Mississippi aux Grands Lacs et l’accès au golfe permettait également l’accès à l’Europe.

Créer la Nouvelle-Orléans

Trouver le site était une chose. Il fallait désormais donner vie à ce comptoir. D’abord la nommer. Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville décida de la nommer Nouvelle-Orléans pour honorer la figure du duc Philippe d’Orléans, régent de Louis XV.

Il fallait aussi dessiner son plan. Pour cela, on fit appel à l’ingénieur Adrien de Pauger. Il traça un plan en damier, l’Europe étant réinspirée par la symétrie romaine qu’elle avait redécouvert pendant la Renaissance. Pour vous donner une idée des débuts de cette ville aujourd’hui géante, c’est bien le quartier touristique du Vieux Carré aux abords du Mississippi qui marque les origines de la fondation de La Nouvelle-Orléans. Donc Vieux pour l’endroit originel et Carré pour le plan choisi. Cet espace est aussi idéal car en hauteur par rapport au Mississippi alors qu’aujourd’hui, une grande partie de la ville est en dessous du niveau de la mer. D’ailleurs, ce quartier a été épargné lors de Katrina. Des rues rectilignes s’organisaient donc autour de la place d’Armes, aujourd’hui Jackson Square. Ce plan s’est aussi beaucoup inspiré des Espagnols qui avaient déjà fondé de nombreuses villes en Amérique. On pensait que ce type de plan apporterait l’ordre social et qu’on n’y retrouverait pas les problèmes que l’on connaissait dans les villes européennes.

Plan de La Nouvelle Orléans en 1725

Propagande coloniale

La colonie établie, il fallait désormais attirer des colons. En 1719, à Paris, on mit au point la propagande comme sur le tableau ci-dessous. C’est sûrement l’une des pièces qui m’a le plus fasciné dans le musée. Produite à Paris entre 1719 et 1722 par la Compagnie occidentale des Indes françaises, ces estampes avaient pour vocation d’encourager l’immigration. Or, l’image de ces estampes était bien loin de la réalité. Avec un an seulement d’existence, La Nouvelle Orléans n’était encore qu’un bassin boueux avec des maisons temporaires. Ceux qui sont déjà allés à La Nouvelle Orléans ne se souviendront pas que la ville est entourée de montagnes. C’est normal, ce ne fut jamais le cas. L’auteur les dessine pourtant, preuve qu’il n’y a jamais mis les pieds et qu’il veut rendre cet endroit idyllique. On y voit aussi une grande tout à gauche or elle n’était pas présente lors de la fondation de La Nouvelle-Orléans. En réalité, il fallait montrer que cette colonie était un lieu d’abondance. On y représentait aussi une bonne entente avec les Indiens avec lesquels on commerçait.

Le Commerce que les Indiens du Mexique font avec les François du Mississippi, entre 1719 et 1721

Les Anglais avaient fait la même chose plus tôt pour développer la Virginie. Finalement, cette stratégie a marché car la population augmenta très rapidement dans la colonie. Entre 1718, date de la fondation de La Nouvelle Orléans et 1731, la population est multipliée par 10.

Une image pas toujours glorieuse en France

Comme beaucoup de Français aujourd’hui, les habitants de la métropole méconnaissaient beaucoup leurs territoires d’outre-mer. Ils y posaient dessus des représentations et pas toujours glorieuses. C’est le cas par exemple du roman de l’abbé Prevost, Manon Lescaut. Je l’ai lu il y a fort longtemps. C’est l’histoire d’un jeune aristocrate qui est prêt à abandonner son éducation monastique car il tombait amoureux d’une femme qui est décrite et perçue comme sans morale : Manon Lescaut. C’est une prostituée. Mais c’est surtout l’un des premiers livres en France qui évoque La Nouvelle-Orléans. Et pas sous son meilleur jour. Manon Lescaut est condamnée à la fin du livre à l’exil dans la ville de Louisiane. Son amoureux la suit pour la demander en mariage. Si je me souviens bien, elle refuse.

Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’on pensait en France que La Nouvelle-Orléans était un repaire de gens immoraux, de sauvages. Mais La Nouvelle Orléans n’est pas ce que sera plus tard la Guyane ou la Nouvelle Calédonie. On n’y avait envoyé que très peu de criminels et de prostituées puisque la propagande avait déjà attiré de nombreux colons. En Louisiane, on décide de trancher pour l’interdiction pure et simple du roman. Toutefois, le roman expliquait bien ce qu’était la Nouvelle-Orléans à ses origines : un alignement de cahutes en bois. Cela n’empêche pas le comptoir de devenir capitale de la Louisiane en remplacement de Bâton Rouge en 1722.

Conclusion

Mon propos s’arrête là car je voulais simplement revenir à la fondation de La Nouvelle-Orléans. Une histoire faite surtout à travers les yeux des Européens mais il ne faut pas oublier d’autres personnages : les Noirs victimes de la traite qui allaient peupler malgré eux cette contrée. Mais aussi et surtout les Indiens qui restèrent 7 fois plus nombreux  que les autres ethnies dans ce qu’on appelait alors la Louisiane.

Evidemment, l’histoire de La Nouvelle-Orléans ne s’arrête pas là. Plus tard, la ville sera cédée aux Espagnols, redeviendra française avant d’être vendue très vite par Napoléon aux Etats-Unis. La guerre de Sécession la ruinera un peu plus mais contrairement à Atlanta prise bien plus tard, la ville ne sera pas détruite. Puis l’histoire plus réjouissante du jazz et celle beaucoup plus tragique de Katrina en 2005. A l’heure où beaucoup de villes se ressemblent, La Nouvelle-Orléans possède une identité propre qu’il faut absolument aller découvrir. Fêter ses 300 ans cette année vous donnera une occasion unique de le faire.

Sources :

Liens Internet => « Petite histoire de la fondation de La Nouvelle-Orlans » du blog Samarra, un blog de très grande qualité qui traite de l’histoire avec des BD, des films, de la musique … Plusieurs articles ont déjà été consacrés à La Nouvelle-Orléans dont un sur Katrina ou Allen Toussaint.

=> « 25 août 1718 : La fondation de la Nouvelle-Orléans », Herodote.net

Musées: l’exposition « New Orleans : the founding era » à l’Historic New Orleans Collections. Une expo très bien faite et surtout gratuite comme toutes les expos de ce musée.

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