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LA BAIE DU MONT-SAINT-MICHEL EN 2 JOURS: ENTRE LES SABLES ET LE GRANIT

 

Nul besoin de présenter cette prouesse architecturale sur un rocher. Il est de loin, l’un des endroits les plus visités de France. Le Mont-Saint-Michel, c’est un tiers de village, un tiers d’abbaye et un tiers de jardins dans lesquels se confondent les hordes de touristes, les guides passionnés, les commerçants vendant de mauvais paninis ou des sculptures de gargouilles douteuses, une mère Poulard qui vend des omelettes à des prix pas cassés et quelques rares habitants. Au-delà de cette cohue, une baie immense de 500 km² qui mérite qu’on l’investigue tout autant. Comme moi, ne vous contentez pas d’un aller-retour sur le rocher et explorez-le vraiment. Voilà quelques idées qui devraient bien vous occuper deux ou trois jours.

 

LE MONT-SAINT-MICHEL: UNE PROUESSE EN 13 SIECLES           

UN PEU (BEAUCOUP) D’HISTOIRE

Difficile de résumer 13 siècles d’histoire. Et encore, c’est oublier que le rocher était déjà utilisé pour des rites païens avant l’arrivée du christianisme et qu’avant l’abbaye proprement dite, des moines ermites avaient déjà pris possession du Mont. On résume très rapidement :

  • VIIIe siècle : Aubert, évêque d’Avranches, aurait vu Saint-Michel en songe qui lui aurait demandé par deux fois de construire une église sur le Mont Tombe au Mont Gargan dans les Pouilles en Italie, site déjà consacré au saint guerrier. Incrédule, Aubert subit la fureur de Saint-Michel qui lui fit un trou dans la tête, ce qui décida l’évêque à l’écouter. Peu importe que cela relève de la légende, à ce moment là Aubert, dont on ne sait pas grand-chose, demanda qu’on aille chercher des reliques au Mont Gargan. On ramena ainsi un bout de rocher sur lequel Saint-Michel aurait posé son pied et un bout de son manteau. C’est le début de la popularité du site.

 

  • IXe siècle : le Mont Tombe subit les attaques des incursions vikings. Face à cette menace, le roi de France confie le lieu aux ducs de Bretagne.

 

  • Xe siècle : le duché de Normandie accordé à Rollon en 911 est élargi en 933 de l’Avranchin et du Cotentin. Pour réparer les sévices de leurs attaques, les ducs de Normandie décident de reconstruire les lieux saints importants dont le Mont-Saint-Michel autrefois occupé par des chanoines. Les moines bénédictins de Saint-Wandrille fondent une communauté selon l’initiative du duc Richard Ier.

 

  • XIe siècle : on retrouve le crâne d’un homme avec un trou dans la tête. Ni une, ni deux, on décide qu’il s’agit de Saint Aubert, ce qui fait une relique de plus. Le pèlerinage prend de l’ampleur. Lors de ce siècle, les ducs de Normandie, en particulier Guillaume le Conquérant, offrent en fief de nombreux territoires à l’abbaye qui vont jusqu’en Angleterre.

 

  • XIIe siècle : rivalités entre les moines et les ducs de Normandie à propos de l’élection de l’abbé. En 1154, Robert de Torigny devient abbé et met tout ce petit monde d’accord. Il réconcilie même le roi de France Louis VII et le roi d’Angleterre et duc de Normandie Henri II. Il est très important pour l’abbaye car c’est un abbé bâtisseur bien qu’il ne reste presque plus rien de l’architecture de son temps.

 

  • XIIIe siècle : en 1204, Philippe Auguste reprend la Normandie. Le Mont-Saint-Michel devient français. C’est en 1211-1218 qu’on construit la fameuse Merveille.

 

  • XIVe et XVe siècles : le Mont-Saint-Michel subit de plein fouet la guerre de Cent ans. Alors que la Normandie retombe aux mains des Anglais, l’abbaye décide de rester fidèle au roi de France. Les Anglais assiègent le Mont sans parvenir à le prendre. En 1421, le chœur s’effondre et doit être reconstruit.

 

  • XVIe siècle : c’est le temps des guerre de religion. 3 sièges protestants devant le rocher.

 

  • XVIIe siècle : le Mont perd de sa superbe. Le temps n’est plus vraiment aux pèlerinages extérieurs. C’est aussi le système de la commende où on place comme abbés des gens de la noblesse qui ne se rendent que rarement voire jamais dans les abbayes.

 

  • XVIIIe siècle : la fin du siècle est marquée par la Révolution française. Les moines quittent le Mont en 1790. Les cloches sont fondues et l’abbaye devient une prison, ce qui la préserve de la destruction.

 

  • XIXe siècle : alors que l’abbaye est en décrépitude, Edouard Corroyer est chargé en 1872 de sa restauration. Il ramènera dans ses valises la Mère Poulard.

 

  • XXe siècle : explosion du tourisme vers le Mont, déjà commencé le siècle précédent avec la construction de la digue-route et qui se poursuit avec l’usage de l’automobile. En 1979, il devient le premier site français inscrit sur la liste du patrimoine de l’UNESCO.

 

  • XXIe siècle : projets de désensablement du rocher (construction d’un barrage sur le Couesnon, passerelle qui remplace la digue-route, parking extérieur). Aujourd’hui, le Mont-Saint-Michel accueille 3 millions de visiteurs par an.

POURQUOI SAINT-MICHEL?

Saint-Michel est connu pour être le prince de la Milice céleste dans l’Apocalypse. C’est le combattant qui terrasse le mal, voilà pourquoi il est souvent représenté en cuirasse, d’autant que du XIe au XIIIe siècles, c’est le temps de la chevalerie. Mais c’est aussi selon les influences orientales, celui qui conduit les âmes pour qu’elles ne soient pas attaquées pendant leur ascension vers le paradis. Voilà pourquoi on choisit souvent des rochers pour lui rendre hommage, plus proches du ciel. C’est également le peseur d’âmes représenté, la balance à la main, sur de nombreux tympans d’églises. Lors de la guerre de Cent ans, il est récupéré par la monarchie capétienne et devient le saint protecteur du royaume de France avant d’être le protecteur des catholiques au XVI e siècle dans le cadre des guerres de religion.

 

UNE ARCHITECTURE HORS DU COMMUN 

Ce qui est fascinant avec le Mont-Saint-Michel, c’est d’avoir créé cette abbaye sur un rocher. Alors que les constructions sont d’habitude horizontales, il a fallu ici s’adapter constamment. C’est une construction pyramidale sur trois niveaux qui nous impressionne. On a aplani le rocher pour construire l’église. Pour la soutenir, on a raboté l’église Notre-Dame-sous-Terre et on y a construit 3 cryptes. Le clou du spectacle pour moi est l’étage supérieur. Si vous deviez vous attarder sur 3 lieux, c’est bien ceux-ci :

 

  • Le réfectoire des moines au 3e étage. On se demande comment tient ce gros volume percé de nombreuses fenêtres. La lumière est vive. Pour faire tenir le tout, on a placé les fenêtres dans l’épaisseur du mur en les inscrivant au fond d’un embrasement dont les côtes sont en biais. Sans cela, pas de fenêtres ou l’édifice se serait écroulé.

 

  • Le cloître au sommet. Vous remarquerez la finesse des colonnettes qui l’entourent. Là aussi, c’est un choix pour éviter l’effondrement.

 

  • Le chœur dans l’église abbatiale. Reconstruit dans un style gothique rayonnant au XVe siècle après que celui-ci se soit effondré. L’architecte s’est inspiré de la cathédrale d’Evreux. On remarque des éléments du style normand, notamment les 3 étages avec au milieu le triforium, c’est-à-dire la tribune. Les fenêtres inondent de lumière le lieu, ce qui est normal à l’époque car c’est là que le clergé officie. Tout ceci est soutenu par de gros piliers que vous pouvez voir dans la salle en dessous.

NE PAS OUBLIER LES REMPARTS ET LE VILLAGE

        Le village est aussi intéressant à visiter même s’il faut aimer se frayer un chemin dans la foule. C’est parfois étouffant. Mais c’était la même chose au Moyen-Age quand le Mont accueillait 10 000 visiteurs par an. Quant aux nombreux commerces, ils existaient déjà dans le temps. Il est vrai qu’aujourd’hui, on se croirait parfois à Disneyland. Et la mère Poulard en profite : 38 euros l’omelette.

 

Le tour des remparts est bien plus sympa et nous rappelle que le Mont-Saint-Michel n’est pas qu’une abbaye mais qu’il s’est transformé en forteresse dès le XIIIe siècle. Ils permettent de magnifiques points de vue sur la baie.

 

LA BAIE DU MONT-SAINT-MICHEL, LES PIEDS DANS LE SABLE           

J’insiste lourdement : ne pas se frotter à la baie du Mont-Saint-Michel serait une véritable hérésie. Bien sûr, on ne s’engouffre pas dans cet espace immense n’importe comment et il est vivement recommandé de prendre une visite guidée. La brume, les sables mouvants et l’encerclement créent toujours quelques accidents. Quelques raisons de s’enfoncer dans la tangue et les vasières:

UNE RENCONTRE AVEC DES GUIDES PASSIONNANTS ET PASSIONNES

        Passer 2 heures ou une demi-journée à patauger dans la baie du Mont-Saint-Michel, c’est l’assurance de le faire avec une personne expérimentée car les guides sont agréés. Le notre était un ancien sapeur-pompier. Il nous a expliqués des tas de choses intéressantes sur la faune, l’histoire ou encore la réglementation de la pêche (si vous voulez pêcher à votre guise, sachez que la police est bien cachée et ne manquera pas de vous verbaliser. Renseignez vous donc sur les arrêtés préfectoraux qui changent tous les ans). Et bien sûr, nous avons eu le droit d’avoir une démonstration dans les sables mouvants. Ne tentez pas trop le diable cependant car sinon  à marée montante, vous pourrez envoyer un sms d’adieu. Toutefois, rassurez vous, vous ne pourrez jamais être englouti. Pour finir, sachez qu’il existe plusieurs types de randonnée : en nocturne, en priant, en courant, en vélo, en kayak, à dos d’âne, à cheval (galop 3 obligatoire et bientôt le galop 4 sera demandé).

 

ÊTRE AU PLUS PRES DE TOMBELAINE

        A trop se focaliser sur l’abbaye, on en oublierait son fier voisin. Si Tombelaine est aujourd’hui une réserve ornithologique et qu’il est défendu de s’y aventurer, voir le soleil tomber sur elle est un spectacle grandiose encore plus quand son reflet se miroite dans les eaux. Donnant lieu à un tas de légende, c’est de là que les Anglais pendant la guerre de Cent ans puis les protestants pendant les guerres de religion ont tenté de prendre le Mont. Toujours en vain.

 

MARCHER SUR DIFFÉRENTS SOLS

        Les dunes, la tangue, les vasières … Oubliez pantalon et chaussures ! Le terrain vous oblige à les troquer contre un short et des pieds nus. Si le sable est sec au départ du Bec d’Andaine, on s’enfonce vite dans les vasières et la tangue (sable calcaire de la baie du Mont-Saint-Michel issu de débris de coquillages). Et c’est avec grand plaisir qu’on trempe les jambes dans les cours d’eau qui nous remontent parfois jusqu’aux genoux. En espérant qu’il n’y aura pas de trous. Et oui, la baie du Mont-Saint-Michel est loin d’être un terrain plat. Si vous marchez dans la baie du Mont-Saint-Michel, vous arriverez au Mont par le nord (c’est au sud qu’on arrive aujourd’hui) et seraient les premiers surpris de voir une forêt sur le rocher de ce côté.

SE PRENDRE POUR UN PÈLERIN AU MOYEN AGE

        Parcourir la baie du Mont-Saint-Michel, c’est revivre l’expérience des miquelots qui venaient de loin pour prier les reliques de l’abbaye. Le Mont-Saint-Michel leur apparaissait comme la Jérusalem céleste. Tandis que la baie, elle, était vécue comme la fuite des Hébreux quand Moïse leur ouvrit la mer Rouge en deux. Bien sûr, ce long périple laissait parfois des malheureux s’envaser à tout jamais. Ce qui est étonnant, c’est cette vague d’enfants qui entre 1455 et 1457 vinrent d’Allemagne et de Suisse pour l’entreprendre parfois sans l’assentiment de leurs parents. C’était un temps où Constantinople venait de passer aux mains des Ottomans et il fallait conjurer le sort.

RANDONNER DANS LA BAIE DU MONT-SAINT-MICHEL ET SES ALENTOURS           

Certes, il est déconseillé de randonner dans la baie du Mont-Saint-Michel mais de bien belles balades la longent. Prévoyez vous une demi-journée pour chacune d’entre elles et un pique-nique. 2 randonnées que j’ai entreprise grâce au guide allemand Rother (une dizaine d’euros en librairie).

 

LE LONG DES FALAISES DE CHAMPEAUX

 

Prenez de la hauteur pour mieux apprécier l’horizon et l’immensité du paysage. Partez même en fin d’après-midi ou au coucher du soleil. Ici, le Mont-Saint-Michel n’est plus qu’une petite pointe floue et Tombelaine se voit mieux. Vous aurez la chance de voir une tapisserie d’ajoncs sur l’herbe. Le jaune et le vert ne se sont jamais aussi bien mariés. Allez jusqu’au Pignon Butor en passant avant par la vallée de la Lude et revenez sur vos pas par les falaises ou en faisant demi-tour vers Carolles à travers les bocages et les vaches normandes. Le départ de la randonnée se fait à partir de la Grange de Tom. Comptez entre 2h15 et 2h30 de marche.

LE GROIN DU SUD

Si les falaises de Champeaux toisaient la baie du Mont-Saint-Michel, cette randonnée la longe véritablement. Au départ du parking près des Porteaux, vous longerez des pré salé où paissent des moutons dont la viande est très appréciée, en particulier à Pâques. La plupart de ces agneaux de pré salé est d’ailleurs envoyée dans les grands restos parisiens. Vous irez ainsi jusqu’au Groin du Sud en faisant une halte pour admirer les chevaux de trait. Arrivé au bout, on a une vue surprenante sur le Mont Tombe. Après avoir traversé d’autres prés salés et d’autres paysages agricoles, vous bouclez la boucle. Là, on a rencontré un vieux Normand grincheux avec lequel on a débattu assez vivement sur l’Europe. Néanmoins, le monsieur s’attendrissait et nous faisait part de son inquiétude de l’ensablement de la baie, de l’aplanissement des prés salés qui permettait à la mer d’avancer beaucoup plus vite. Conséquence : de nombreux agneaux se noient et sont abandonnés par les brebis quand ils n’arrivent pas à atteindre la bergerie à temps. Les randonnées sont parfois ludiques. Comptez 3 heures de marche.

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Informations pratiques sur la baie du Mont Saint-Michel: 

Où se loger? Chez Christophe en Airbnb. Chambre parfaite pour un couple ou deux amis ou encore même pour un célibataire. La maison se situe à Beauvoir, ce qui vous permet de relier le Mont-Saint-Michel à pied en une heure. Personnage hyper sympathique et drôle, nous avons pris énormément de plaisir à discuter avec lui lors des petits-déjeuners.

Où manger? A l’Auberge du terroir à Servon. Certes, c’est un peu gastronomique mais j’ai adoré le couple qui tient cette auberge. Les plats sont exécutés avec beaucoup de soin. J’ai pour ma part craqué pour la cuisse de canard confite. Les deux gérants savent si bien y faire qu’ils sont complets toute l’année même en dehors des périodes touristiques. En effet, leur clientèle est essentiellement locale. Mais profitez en car ils devraient vendre l’an prochain.

Où réserver pour découvrir la baie? Nous avons choisi parmi une grande offre de qualité découvertebaie. Nous avons choisi la demi-journée de 13 kilomètres pour seulement 13 euros à partir de Genêts. Mais je pense que toutes les compagnies se valent.

MON AVIS SUR LA BAIE DU MONT-SAINT-MICHEL

Si la baie du Mont-Saint-Michel m’a bien appris une chose, c’est qu’on passe trop vite dans les lieux où un monument remarquable éclipse tout son environnement. Bien sûr, le Mont-Saint-Michel qui a donné son nom à la baie a de quoi nous émerveiller, mais j’ai pris autant de plaisir à éveiller mes sens. L’horizon floutait souvent la vue, le toucher était chamboulé à chaque pas dans la baie, le cri des oiseaux nous rappelait que l’ouïe enchantait nos oreilles. Quant au palais, le goût des bulots à la mayonnaise maison a été mon péché gourmand pendant ces 3 jours. Avec cet article, j’espère vous avoir donné envie de vous poser où que vous soyez.

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