France

J 5 : Le Narbonnais, une pause bienvenue

Si l’empire romain est resté debout des années durant, il a fini par s’effondrer. Il est temps de dire adieu aux amphithéâtres, aux temples et aux aqueducs de la région de Nîmes. En allant plus au Sud, c’est le Moyen Age qui nous tend ses bras. En franchissant l’Héraut, nous n’atterrissons pas seulement dans l’Aude mais aussi dans le Roussillon. Le Narbonnais, c’est une toute autre ambiance. On y prend plus son temps même si on ne s’était jamais senti pressé à Nîmes. Il n’y a pas d’itinéraire précis à suivre. La flânerie sera notre compagne du jour.

L’ABBAYE DE FONTFROIDE

Seul le Mont Saint-Michel en France bénéficie d’une aura internationale en tant qu’abbaye. Pourtant, il est aisé dans notre beau pays de trouver maints monastères tout aussi resplendissants. Lorsqu’une abbaye s’implante quelque part, elle cherche un lieu isolé pour que les moines s’adonnent à la spiritualité. En cela, le Roussillon regorge de ce type de lieux, aidé par ses paysages montagneux. Et surtout, il fallait trouver une source. C’est de celle-ci que l’abbaye tire son nom.

Je ne vais pas ici dévoiler toute l’histoire du lieu. Les audio guides ou les visites guidées le feront bien mieux. En revanche, je dois dire que le site est assez exceptionnel tout comme la conservation patrimoniale. On doit ceci à Gustave Fayet qui la rachète et la restaure en 1908. Bien évidemment, comme toute abbaye, le cloître reste un des moments forts de la visite. Havre de paix où on se surprend soi-même au silence. Il ne faudrait pas oublier d’admirer les superbes vitraux de la nef.

Mais ce qui m’a le plus plu, c’est la ruelle des convers. Beaucoup ne le savent peut-être pas mais les moines ne formaient pas un groupe homogène. Il y avait les moines prieurs, souvent d’ascendance noble qui formaient l’élite de l’abbaye. Il savaient lire, écrire et sont à l’origine des magnifiques enluminures que l’on peut observer dans les musées. Et il y a les moines convers, considérés comme moines tout autant que les autres mais qui eux s’adonnaient aux travaux domestiques car il fallait nourrir l’abbaye et l’entretenir. Et pour cela, hors de question de commercer avec qui que ce soit, on voulait être autosuffisant. Ainsi, ces deux groupes ne se croisaient jamais. La ruelle permettait aux convers de se rendre au fond de l’église alors que les autres moines arrivaient par un passage qui menait à l’avant. de l’édifice. Cette ruelle des convers n’est pas unique à Fontfroide. Il y en avait une dans chaque abbaye. En revanche, rares sont celles qui ont résisté au temps. C’est en ce sens que pour moi, cette abbaye en plein cœur du Narbonnais, demeure unique.

NARBONNE, TOUTE EN DÉCONTRACTION

J’avoue être allé à Narbonne sans grande envie. Entre Carcassonne, Nîmes et Montpellier, ce n’était pas une ville que je pensais particulièrement apprécier. Et pourtant, j’ai beaucoup aimé. Il faut dire que les touristes s’y rendent moins, délaissant le centre-ville pour les plages.

Narbonne n’est pas que la ville de Charles Trenet. Elle a une histoire riche et même millénaire. On a aujourd’hui du mal à imaginer que son importance était beaucoup plus stratégique que Nîmes à l’époque romaine tant les vestiges sont peu nombreux. Et pourtant ! Elle a même donné son nom à une province : la Narbonnaise. Intégrée à l’empire un siècle avant que Jules César n’entreprenne la guerre des Gaules, elle est très vite pacifiée, ce qui bénéficie à la cité. C’est un port florissant mais surtout un carrefour des routes romaines menant de l’Espagne à la Gaule et elle en profite pleinement comme en témoigne les superbes mosaïques du musée archéologique. Niché dans la cité épiscopale, celui-ci ne lui rend pas bien hommage. Aujourd’hui, il reste devant la mairie quelques pavés de la voix domitienne. Si on peut regretter que le passé antique ne soit pas mise en valeur, l’outrage sera bientôt réparé car le musée Narbo Via ouvrira enfin ses portes en 2020.

Finalement, c’est l’héritage médiéval qui est le mieux conservé à Narbonne. Le quartier de la Cité est le joyau de la ville. Même si vous n’avez pas l’intention de visiter les musées, promenez vous à l’intérieur. Ici comme dans beaucoup d’autres villes, le pouvoir laïc et le pouvoir religieux s’opposaient. C’est pourquoi vous trouverez le donjon Gilles-Aycelin qui au sommet vous permet de jouir d’une vue exceptionnelle sur les toits de la ville et … la cathédrale Saint-Just et Saint-Pasteur. On ne s’en rend peut-être pas compte tout de suite, nos yeux rivés sur les gargouilles, mais l’édifice n’est pas achevé. Je dirai même plus, seul le chœur l’est. Et quel chœur ! La voûte est immense et il n’y a que ça à voir. A noter que l’aspect gothique est assez exceptionnel car la région est reste fidèle à l’art roman. Seule Narbonne et Carcassonne dans le Roussillon peuvent se targuer de tels édifices. Vous remarquerez qu’il y a aussi des chemins de ronde tout autour de la cathédrale car celle-ci constituait aussi une forteresse.

L’autre plaisir à Narbonne et de se promener dans ses ruelles tortueuses. Juste comme ça. Les façades sont peintes dans des couleurs chaudes et on leur rend grâce de nous offrir tant d’ombre. Ces promenades sont aussi à faire le long du canal où on adorerait chiper un bateau pour nous mener on ne sait où. Le spectacle de l’écluse en action ravit toujours petits et grands.

Informations pratiques sur Narbonne: 

Où se loger? C’est à Narbonne qu’on a eu le plus beau logement. Il s’agit de la Villa Ambrosia. Ne vous fiez ni au quartier ni au portail qui cache bien le jardin d’Eden que vous y découvrirez. En plus de chambres décorées avec goût, sentant bon le voyage, c’est la pièce commune où prendre le petit-déjeuner qui nous a le plus charmé. Au centre, une des plus belles piscines que j’ai pu avoir en voyage. Fait rare mais le jardin est tellement bien qu’on a préféré s’y prélasser plutôt que de visiter. Peut-être serez vous aussi tenté par le jacuzzi. Comptez une centaine d’euros pour une nuit.

Où manger? Là aussi, on s’est régalé. En fait, à Narbonne, on n’a pas trop regardé notre budget et on s’est fait un étoilé. La Table du Saint Crescent vous propose un menu assez abordable le midi à une trentaine d’euros. Je ne me remets toujours pas de cette succulente huile d’olive au café. L’entrée avec une mozzarella  d’une production d’un éleveur de bufflonnes du coin associé à des tomates juteuses était exceptionnelle. Je n’imagine pas ce que c’est le soir. On ne comprend juste pas l’emplacement dans une zone commerciale même si l’intérieur bien sûr est très soigné mais ne permet pas de disposer d’un beau jardin.

MON AVIS SUR LE NARBONNAIS:

Une journée qui sonnait comme une halte. Ce n’est certes pas notre coup de cœur et si vous n’êtes qu’une dizaine de jours dans la région, il n’est pas nécessaire de s’y arrêter. En revanche, si vous disposez d’une quinzaine de jours, la douceur de vivre de Narbonne et la quiétude de Fontfroide seront des moments bienvenus dans un voyage où on roule beaucoup.

D’autres articles vous attendent sur notre périple dans le Languedoc-Roussillon:

Le Mont Lozère, terre de transhumance

Le musée du Désert, un hommage aux protestants du Languedoc

=> Nîmes et ses environs

 

PROCHAINE ETAPE: LE PAYS CATHARE (A 1h30 de Narbonne)

 

 

 

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