Irlande du NordRoyaume-Uni

2 JOURS A DERRY : MON PROGRAMME

 Certains l’appellent Derry, d’autres Londonderry. Cette double appellation témoigne du clivage entre protestants et catholiques. Bien moins connue que Belfast, la capitale du comté de Derry renaît, surtout depuis qu’elle a été capitale de la culture du Royaume-Uni en 2013. Aujourd’hui, les esprits semblent plus apaisés même si le Brexit a relancé la question de la frontière irlandaise. Vous aimerez cependant vous promener dans son centre, autour de la rivière Foyle et vous saouler de musique traditionnelle dans les pubs. 2 jours à Derry vous permettront de découvrir une ville au passé encore douloureux mais qui fait néanmoins de gros efforts pour améliorer les choses.

 

JOUR 1/ LA VILLE INTRA-MUROS

Si on associe souvent la ville au Bloody Sunday, on en oublierait que cette histoire est à inscrire dans le temps long. Les remparts de Derry sont les vestiges de ce conflit qui fait rage depuis des siècles.

 

MATIN: A L’INTERIEUR DES REMPARTS

La cité fortifiée de Derry est l’un des plus anciens exemples de planification urbaine en Irlande. Pour commencer, je vous propose d’aller visiter le Tower Museum. Dans cette ancienne tour, se loge aujourd’hui un musée qui retrace l’histoire de Derry. J’aime commencer par les musées de l’histoire de la ville car ils offrent des clés de compréhension à nos promenades urbaines. C’est donc en prenant un ascenseur jusqu’au 5e étage que commence l’aventure.

On ne commence en réalité pas par l’histoire de la ville mais par une exposition sur l’Invincible Armada. En 1588, cette flotte espagnole avait pour but d’envahir l’Angleterre. Ce fut un échec cuisant et nous avons retrouvé dans les mers d’Irlande du Nord de nombreux vestiges dont certains vous sont présentés ici. Cette histoire est passionnante.

Puis, nous entrons dans le vif du sujet : l’histoire de Derry, un territoire habité depuis très longtemps. On nous explique les rivalités avec les Anglais. Mais le tournant, c’est bien le XVIIe siècle, cette ère des plantations. Alors que les Anglais, peu présents dans l’Ulster, venaient de remporter la victoire contre les clans gaéliques, la Couronne britannique leur confisqua leurs terres pour les offrir à des colons venant de Grande-Bretagne donc protestants. Les colons des corporations de Londres se sont vus offrir Derry en 1613 par Jacques Ier, fortifiée et rebaptisée Londonderry pour l’occasion.

Deux événements sont mis en lumière. Le siège de Derry de 1688-1689 pour commencer où les troupes catholiques du roi Jacques Ier assiégèrent les fortifications pendant 105 jours, à l’intérieur desquelles les colons protestants ralliés à Guillaume d’Orange résistèrent avec succès. L’autre est le Bloody Sunday de 1972 où des civils furent tués par des policiers britanniques. Un événement rendu célèbre par la chanson de U2.

D’autres lieux sont intéressants à l’intérieur des remparts. C’est le cas de la St Columb’s Cathedral où on ne trouve pas un touriste même en haute saison. Ses murs sont construits avec le même matériau que celui des remparts. Osez pousser les portes de l’hôtel de ville, le Guildhall. On y trouve une exposition sur la colonisation de l’Ulster mais vous en aurez peut-être un peu marre après la Tower Museum. Vous passerez aussi sûrement devant la fresque consacrée à la série « Derry girls » que j’ai découverte après mon séjour. Une série très drôle que je vous conseille. Elle traite de la vie de 5 adolescents qui vont à l’école catholique pendant la période des Troubles. Hilarant.

Une fresque sur la série Derry girls

 

APRES-MIDI : LE CITY WALKING TOUR

Au départ de Carlisle Stores près des remparts démarre un circuit pédestre. Pas besoin de réservation et 4£ seulement par personne. Pendant deux heures, nous voyageons dans le temps en longeant les remparts. On commence par le siège de Derry pour passer devant des lieux symboles de l’oppression protestante sur les catholiques. A un moment, nous avons une superbe vue sur le Bogside, quartier catholique rendu tristement célèbre par le Bloody Sunday. Une visite guidée prenante et plus facile à comprendre en ayant visité le Tower Museum le matin. Les horaires sont les suivants : 10h00, 12h00, 14h00 et 16h00.

Les Beatles de Derry devant le Guildhall

 

SOIRÉE : VERS EBRINGTON SQUARE

Quittons les remparts pour la soirée avant d’y revenir un peu plus tard. Le Pont de la Paix nous permet d’enjamber la Foyle. L’Union européenne l’a financé. Il permet de faire la jonction entre la partie protestante et catholique de la ville qui semblent désormais plus proches. Il est autant traversé par les habitants que par les touristes. Après vous être promené de l’autre côté et mangé un croc, mettez la fatigue de côté et jouez des coudes dans les pubs. Tapissés de drapeaux du monde, vendant des bières servies de manière généreuse, on y vient surtout écouter la musique irlandaise traditionnelle. Un moment magique surtout quand les locaux se mettent à chanter les standards dont certains en gaélique.

Le Peace Bridge au dessus de la rivière Foyle évoquant une poignée de mains

 

 

JOUR 2/ LA VILLE EXTRA-MUROS

Consacrez votre deuxième journée à la visite du Bogside. Si on associe davantage Belfast aux Troubles, nom trouvé au conflit opposant les nationalistes catholiques pro-réunification avec l’Irlande et protestants loyaux à la Couronne britannique, la situation à Derry a été plus que tendue. Le nom officiel de Troubles tend à minimiser l’affaire mais on assiste bien à une guerre civile. On se souvient des actions terroristes de l’IRA.

Vue sur le Bogside depuis les remparts

A Derry, il n’y avait pas de mixité. Des quartiers protestants d’un côté, des quartiers catholiques de l’autre. Le quartier catholique était le Bogside. Les habitants l’avaient même rebaptisé « Free Derry ». Alors qu’aux Etats-Unis, le mouvement des droits civiques faisait rage et était parvenu à gagner certaines batailles, on organisa à Derry une marche en 1972 contre les discriminations que subissaient les catholiques. Ils avaient déjà des difficultés à accéder à l’emploi. J’ai aussi compris qu’on ne pouvait voter que si on était propriétaire or bien peu d’entre eux l’était. Résultat : le maire de la ville était toujours un loyaliste. Enfin, on pouvait enfermer des activistes catholiques sans procès.

Chaque année, le mur du Free Derry change de couleur en fonction de la cause qu’il soutient

Malgré l’interdiction de la marche, elle eut quand même lieu. Des parachutistes de l’armée britannique firent feu, prétextant des tirs des miliciens de l’IRA. Bilan: 14 morts. Ce dimanche devint le Bloody Sunday. Ce n’est qu’en 2010 qu’un rapport a été publié sur cet événement. David Cameron s’est alors excusé en déclarant que les victimes étaient bien innocentes.

Dans le Bogside, les traces sont encore visibles sur les murs. Les fresques qui y ont été peintes par des artistes locaux sont parmi les plus poignantes que j’ai jamais vues. Sur l’une d’entre elles, les 14 visages des victimes du Bloody Sunday. Sur d’autres une fillette abattue par l’armée alors qu’elle ramassait des cailloux pour un projet d’école ou des jeunes prêts à faire du bruit avec des couvercles de poubelles pour prévenir les activistes de l’arrivée de l’armée. Heureusement qu’on a représenté une colombe sur l’un des murs.

Une fresque du Bogside

Pour mieux comprendre ces fresques, sachez que le Free Derry museum dispense des tours du Bogside. A 10h00 le matin. Je préfère vous mettre en garde: c’est un local qui nous a fait cette visite. Il n’est pas du tout neutre. Il est pro catholique. Je ne dis pas ça pour le juger car je trouve cela intéressant d’avoir le point de vue des habitants. C’est juste qu’il faut accepter d’avoir la vision d’un camp. Un camp blessé. La visite était de grande qualité même si j’aurais aimé éviter les digressions, notamment à propos de la théorie du complot du 11 septembre 2001.

Je pense toutefois que cette visite est indispensable. Au moins pour saisir l’identité de la ville et ses tensions. On a beau construire des ponts, peindre de belles fresques, attirer quelques touristes dans le Bogside, les plaies prendront encore du temps avant d’être cicatrisées. Si elles le sont un jour d’ailleurs.

Informations pratiques sur Derry/Londonderry: 

Comment venir? Il existe un aéroport à Derry mais il n’y a pas de ligne directe de France. J’étais venu d’Ecosse avec Ryanair. Si vous êtes au Royaume-Uni, n’hésitez pas. Attention toutefois si vous voulez louer une voiture à l’aéroport. Il ne prend que les cartes de crédit et non de débit classique.

Où réserver pour les visites guidées? Pas besoin de réserver mais si vous êtes du genre prévoyant, voici les sites du City Walking Tours et du Free Derry Tour.

Où bien manger?  De l’autre côté de la Foyle, en enjambant le Peace bridge, je vous invite à découvrir la Walled City Brewery. Cette ancienne caserne sur Ebrington Square s’est métamorphosée en brasserie. Les bières sont donc de qualité tout autant que la cuisine qui propose des tapas gastronomiques. Réservez, c’est préférable. Pour un repas sur le pouce, rendez-vous chez Pyke ‘n’ Pommes. Ses tacos de poisson sont succulents.

Quel pub choisir?  Le Tracy’s bar avec des concerts de musique irlandaise régulièrement.

Quand venir? Derry compte des événements importants. A la mi-juin, la Foyle est à l’honneur. Elle accueille des vaisseaux de guerre et organise des courses de bateau pendant les Foyle Days. En août, le Gasyard Wall Féile est un grand événement avec musique live et spectacles de rue. Et il paraît que la période Halloween vaut aussi un détour du 27 au 31 octobre.

MON AVIS SUR DERRY:

Je vous mentirais si je vous disais que j’ai trouvé cette ville magnifique. Toutefois, elle est loin d’être moche et certaines villes superbes d’apparence ne m’ont pas plus marqué que ça. Derry, elle, m’aura marqué. Son histoire douloureuse laisse encore de profondes blessures. Ce qui est clair, c’est qu’on ne ressort pas de Derry comme on y était venu. Mais la ville sait se réinventer et l’atmosphère est plus agréable aujourd’hui. Les promenades le long de la Foyle ou sur les remparts nous font nous sentir bien. La vie reprend son cours comme dans une ville à peu près normale.

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